Tu fais des fautes ! Le sais-tu ?

Un jour que je faisais une présentation dans une bibliothèque près de chez moi, une personne s’est présentée avec une feuille de papier. Je la vois encore descendre l’allée vers moi, gesticulant pour attirer l’attention de l’audience. J’ai arrêté de parler, bien sûr. Du coin de l’œil, j’ai vu que les gens dans la salle lui lançaient des regards désapprobateurs. La dame les dérangeait, de toute évidence. Cette dernière s’est avancée vers moi et a crié à tue-tête. «Vraiment ! Tu prétends être écrivaine, mais tu ne sais pas écrire ! »

Pourquoi voulait-elle en découdre avec moi, ce jour-là ? À trois pas de moi, elle s’est arrêtée net. Elle a repris son souffle avant de poursuivre de plus belle : « J’ai lu tous tes blogues et j’ai trouvé dix fautes ! C’est effrayant ! »

Elle m’a donné une liste que je n’ai pas regardée. J’ai plutôt répondu sur un ton un peu narquois : « Wow ! Tu as lu toutes les publications sur mon blogue ! Je suis impressionnée ! » Ma réaction a semblé déstabiliser mon antagoniste du moment. J’ai poursuivi : « Il y a plus de 500 textes sur mon blogue. Bravo ! » La dame a reculé de quelques pas, probablement gênée par ma manière d’enlever le négatif dans son propos. J’éliminais la chicane qu’elle cherchait et, visiblement, elle en rageait.

Cependant, je n’en avais pas fini avec elle. Je tenais à peine en échec mon tempérament rebelle.

Je me suis tournée vers les gens dans la salle : « Considérant que ces billets de mon blogue comprennent chacun environ 500 mots, ça veut dire que mon blogue contient autour de 250 000 mots. »

J’ai fait quelques pas vers l’avant, laissant en plan la dame interloquée. Je tenais la liste de fautes mollement dans une main. L’index de l’autre main touchait mon menton, comme en réflexion. Quand j’ai parlé de nouveau, je sentais sur moi l’attention de tous les participants : « Cette lectrice a trouvé 10 mots fautifs et 249 990 mots corrects. Je doute que j’écrive si bien que ça. Il y a sûrement plus de dix fautes et madame s’est sûrement trompée. »

J’ai déchiré la liste et lancé les bouts de papier dans les airs. « Ça n’a pas d’importance ! dis-je. On retourne à notre sujet, d’accord ? »

La dame frustrée n’a eu d’autres choix que de quitter la salle. Avais-je agi trop durement envers elle, même si les participants étaient satisfaits de ma réaction ?

Cette rébellion face à l’application des règles en français a commencé quand j’étais très jeune.

Un jour de dictée, au primaire, j’ai écrit « un sac de pomme ». Ma professeure m’a envoyée au tableau pour réécrire ma phrase, exigeant que j’ajoute le « s » manquant. Mon côté rebelle est sorti, ce jour-là aussi. J’ai écrit « des sacs de pomme » tout en rappelant à ma professeure qu’il manquait en fait deux « s ». J’ai ajouté qu’il n’était pas nécessaire de mettre un « s » à pomme parce que tout le monde comprend que dans un sac, il y a plusieurs pommes. C’était ma façon un peu bouffonne de dire aux autres élèves que je ne trouvais pas ça grave de faire des fautes. Les élèves de ma classe ont d’ailleurs ri aux éclats pendant cinq minutes et j’étais fière de mon coup.

Ma professeure m’a collé une retenue. Pourtant, tous les élèves se sont rappelé la règle, par la suite. Quant à moi, je connaissais déjà la règle avant l’incident, mais je ne l’applique toujours pas à tous les coups.  

De façon générale, je ne m’offusque pas quand quelqu’un me fait part de coquilles trouvées dans mes textes. Bon ! Je fais des fautes ! Pis après ? Certains notent des erreurs qui n’existent pas, et je ne les rabroue pas. J’écoute, c’est tout. Autrement, je les arrête en disant que je suis fière d’eux parce qu’ils ont vu la faute ! Surtout, je ne m’éternise pas sur le sujet.

Je répète souvent que mon talent se situe dans la création littéraire, à imaginer des scénarios qui permettent le débat d’idées. L’application des règles de français (pas la connaissance, mais bien l’application) fait référence à un autre talent, celui de réviseur linguistique rigoureux. Malgré mes efforts, ça ne fait toujours pas partie de mes outils. 

Quand je travaille un livre ou un écrit plus professionnel, je fais corriger mes textes par des spécialistes. Ça m’assure qu’il ne reste plus d’erreurs. Ça va de soi. Il me semble, du moins. Dans les premières années de la publication de mes livres, ça me rendait furieuse de laisser des coquilles et des fautes de français un peu partout dans mes textes. Je n’arrivais pas à les enlever toutes par moi-même. Mon éditrice me répétait que la norme acceptable au Québec est d’une faute par groupe de dix pages. Je trouvais ça effrayant. Ça m’obsédait complètement.

Ça nuisait à mon écriture qui devenait plus mécanique, un style qui ne convient pas à mon caractère bohème, rebelle, inventif et humaniste.

J’ai arrêté de lire en français parce que je voyais toutes les fautes. Elles avaient tendance à me sauter dans la face. Ça m’empêchait de placer mon attention sur ce que l’auteur voulait dire. Ça me sortait complètement de l’histoire. Je trouvais ça frustrant.

J’avais l’impression de me trouver dans un cul-de-sac. 

Pour me sortir de ça, j’ai bâti ma maison d’édition autour de professionnels qui savent me soutenir dans mon écriture et mettre en valeur mon talent, celui d’écrivaine. Ce sont eux qui vérifient l’application des règles et corrigent mes textes à être publiés. Produire les livres sans fautes est une question de respect pour les lecteurs qui paient pour lire mes romans.

Par contre, pour mes textes gratuits sur mon blogue et mes publications sur les réseaux sociaux, là où mes lecteurs me voient comme je suis, je garde le cap sur mon désir de parler, tout simplement. Ces écrits sont imparfaits. Ils me ressemblent donc. Entre autres, j’utilise parfois des expressions anglaises parce que ça correspond à mon enfance vécue à Sherbrooke, dans les années 50 et 60, à écouter autant « Captain Kangaroo » que « Bobino et Bobinette ». 

Je m’applique à corriger mes textes, bien sûr, mais ça restera toujours un exercice ardu, même en utilisant Antidote, ce merveilleux correcteur québécois. Avec le temps, j’ai appris à accepter que ce défi soit toujours dans ma vie d’artiste. J’apprends à le relever de mieux en mieux, mais ça reste difficile.

Bref, il y a des coquilles sur mon blogue et je les tolère aisément. Le blogue me ressemble dans son imperfection. Je corrige et revois mes textes plusieurs fois, mais c’est pour m’assurer qu’ils « disent bien » ce que je veux dire.

Donc, si vous lisez mes textes de blogue et que vous trouvez des coquilles, mettez plutôt l’accent sur ce que je dis, non pas sur la règle que j’aurais peut-être manquée.  

J’ai une bonne nouvelle pour celles et ceux qui ne sont pas capables de passer outre mes fautes :


Laisser un commentaire