Publication à compte d’auteur

À compte d’auteur, l’écrivain assume en tout ou en partie la fabrication, la production et/ou la commercialisation de son livre. Le compte d’auteur inclut les pratiques pour lesquelles des dispositions contractuelles et autres prévoient notamment :

  • Qu’une partie des frais directs ou indirects de production ou de la commercialisation est ou peut être assumée par l’auteur ou toute autre personne liée à l’auteur ; et/ou 
  • Que les redevances ou les montants forfaitaires peuvent être payés autrement qu’en argent. 

Je trouve intéressant ce modèle de publication que proposent plusieurs entreprises. Tenant compte de ce qui se dit au Québec, à ce sujet, je tiens à rectifier certaines affirmations qui m’apparaissent erronées, parfois même abusives.

  • Certains associent ce modèle à l’expression anglaise « Vanity Press » que Google traduit comme « presse vaniteuse ». On prétend ainsi que l’auteur paie pour l’impression parce qu’il n’arrive pas à faire publier son livre par une « vraie maison ». C’est faux ! Les éditeurs qui favorisent ce modèle offrent un processus complet, traditionnel et très professionnel. Également, de plus en plus d’auteurs choisissent ce modèle d’affaires pour ses avantages.
  • Au fil du temps, on a utilisé le terme « édition indépendante » pour ce modèle, par opposition aux éditions agréées. Même si on entend encore l’expression, il semble que le milieu évolue vers la définition du compte d’auteur.
  • On entend aussi parler « d’édition à partage de coûts ». En somme, ça correspond à la définition d’édition à compte d’auteur.

Il est important de rappeler qu’on attribue le terme « compte d’auteur » au modèle d’édition du livre. Une maison d’édition qui applique plutôt le modèle de compte d’éditeur (agréée ou non ) peut aussi publier des livres à compte d’auteur. Si on demande à l’écrivain de contribuer financièrement pour n’importe quelle partie du processus, le livre est alors considéré  à compte d’auteur .

On trouve d’excellentes maisons qui se spécialisent dans ce modèle d’édition au Québec. On les reconnaît par le respect qu’elles accordent à l’auteur, par la rigueur de leur processus et par la qualité des livres publiés. Comme c’est le cas pour les maisons à compte d’éditeur, l’abus n’est pas la norme. Mais quand on la trouve, elle fait beaucoup de tort à l’auteur, à son œuvre et à l’image de ce modèle d’affaires.

Dans ce modèle, on ne parle plus d’une redevance de 10 % du prix de vente. La maison doit tenir compte de la participation de l’auteur pour offrir des redevances plus élevées. En affaire, quand on partage les coûts, on partage aussi les revenus. Passer outre ce principe est en soi un abus.

D’ailleurs, on parle plutôt de revenu partagé selon la proportion d’investissement. Notons l’exemple d’un auteur qui paie entièrement les coûts de fabrication, mais que la maison d’édition fournit la diffusion, le site Web, et autres. L’écrivain mérite entre 40 % ou plus des revenus.

Beaucoup d’auteurs refusent d’assumer le risque entier ou partiel de la production et de la mise en marché de leurs bouquins. Ils ne veulent pas débourser un seul sou pour faire vivre leur rêve. Pour ma part, je trouve ça bien curieux. Par exemple, un peintre qui a dessiné une ébauche ne se présente pas dans les galeries d’art pour obtenir l’argent nécessaire pour acheter la toile, la peinture, les pinceaux et les autres produits nécessaires pour la terminer. Pourquoi cette attitude face à la littérature ? Une personne qui rêve de visiter Paris ramassera les fonds nécessaires en économisant chaque semaine pendant un certain temps. Faire vivre son rêve d’écrire ne mérite-t-il pas la même attention ?

Comme c’est le cas pour le modèle à compte d’édition, les entreprises qui se spécialisent à compte d’auteur choisissent les manuscrits qui sont les plus matures, plus travaillés et dont l’auteur porte adéquatement son livre.

Les points positifs :

  • Comme l’auteur assume en totalité ou en partie les risques financiers, vous avez un meilleur contrôle sur les décisions (couverture, lettrage, date de sortie, etc.)
  • Les droits d’auteurs restent sous votre entière responsabilité.
  • La durée de vie utile du livre est généralement plus longue et la décision de retirer un livre ou l’autre vous appartient.
  • Les revenus sont plus élevés et dépendent de l’investissement de l’auteur et de ses efforts de mise en marché.

Les points négatifs :

  • Ces maisons sont moins connues dans l’univers du livre et il faut travailler plus fort pour que les livres entrent en librairie ou que les journalistes en parlent.
  • Le délai de réponse à la suite de la présentation d’un manuscrit demeure de l’ordre de quatre à douze mois.
  • Le plan d’affaires varie beaucoup d’une maison à l’autre. Certains proposent de l’aide pour les étapes du processus en format cafétéria. C’est-à-dire que, selon vos connaissances et vos compétences, vous n’êtes pas obligé de suivre le modèle traditionnel. Bien sûr, ça coûte moins cher. À moins que vous ayez une longue expérience dans le milieu littéraire, cette manière de faire est à proscrire.
  • La qualité de l’édition, d’une maison à l’autre, varie beaucoup. Il faut s’assurer que le modèle proposé est bien celui qui convient au livre et à l’écrivain.

En résumé, l’édition à compte d’auteur est un modèle efficace pour certains auteurs, pourvu qu’on suive toutes les étapes de l’édition traditionnelle. Plusieurs écrivains s’en accommodent bien. Par contre, d’autres personnes sont restées désabusées et amères de leur expérience.

Il convient de faire une bonne analyse de ce que proposent ces maisons, avant de signer un contrat. Voici quelques points à considérer :

  • Le modèle suit-il les étapes du modèle traditionnel (révision linguistique, illustration, mise en page, correction d’épreuves, impression et distribution) ? Sont-elles effectuées par des professionnels du livre ?
  • Est-ce que la maison vous propose un revenu qui est équitable en fonction de votre investissement ?
  • Votre livre sera-t-il distribué en librairie ?
  • Que vous propose-t-on pour la commercialisation du livre ?

 Il est facile de communiquer avec quelques auteurs de la maison pour leur poser des questions sur le paiement des redevances, la manière dont on les traite, le contact avec l’équipe de direction, etc. La plupart d’entre eux vous raconteront facilement leur expérience. D’ailleurs, si on ne vous répond pas… prenez ce refus comme une alerte.

Rappelez-vous que l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) offre d’analyser votre contrat afin de vous aider à prendre une bonne décision. Le service est offert aux membres et aux non-membres. Profitez-en ! C’est gratuit !

Bonne chance !


4 réponses à « Publication à compte d’auteur »

  1. […] modèles de publication présents au Québec sont le compte d’éditeur, le compte d’auteur et l’autoédition. Je m’attarderai à chacun d’entre eux dans des publications subséquentes. […]

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  2. […] quelques années, au Québec, le consensus sépare l’autoédition du modèle de publication à compte d’auteur. L’autoédition prévoit que l’écrivain gère lui-même la production et la diffusion de son […]

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  3. […] publication de livre au Québec La publication à compte d’éditeur La publication à compte d’auteur La publication en […]

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  4. […] cours des années, j’ai utilisé les trois formes d’édition de livre au Québec : Le compte d’auteur, le compte d’éditeur et l’autoédition. Elles ont chacune leur valeur propre et elles […]

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