5 novembre 2013
Imaginez ! Vous cherchez une nouvelle voiture et un vendeur vous dit : « J’ai deux choix pour vous : ici, j’ai placé les véhicules automatiques et là-bas, il y a les autos manuelles. » Pour ma part, une expression plutôt médusée s’imprimerait sur mon visage. Je resterais certainement sans voix. DEUX CHOIX ? Parce que, pour les autos, tout le monde sait que l’achat dépend d’un millier de critères différents parmi lesquels ont en choisi quelques-uns. Automatique ou manuelle ? Mais qui définit une bonne voiture de ce critère ?
Puis, que faites-vous de l’hybride ? Des modèles électriques ? Pouvez-vous vraiment les classer d’automatique ou de manuelle ? La distinction est donc archaïque et ne tient pas compte du monde moderne.
Quand j’explique qu’une maison d’édition demande à ses auteurs et autrices de participer aux coûts, on me regarde généralement avec un air hautain. On me dit : « Ha ! Vous êtes à compte d’auteur ! » Comme si le monde de l’édition au Québec se divisait en deux camps, d’un côté, le compte d’édition, et de l’autre, le compte d’auteur. On ajoutera aussi que les bonnes maisons sont dans le premier camp et les mauvaises dans le deuxième. Archaïque aussi !
Une maison d’édition subventionnée reçoit, par définition, des montants d’argent pour l’aider à publier des livres. Dans les faits, on aurait donc dû parler de « compte de subvention » plutôt que « compte d’édition ». Ces subventions proviennent généralement du Conseil des arts (Canada) et/ou de la Société du développement des entreprises des arts (SODEC — Québec). Ils n’ont pas le droit de demander une participation financière de leurs auteurs, même si plusieurs se le permettent. Ces maisons se distinguent par leurs collections ou spécialités (Bandes dessinées, romans jeunesse, policiers, fantastiques, essais, etc.) Le recueil Un bouquet de roses, dont je suis l’un des auteurs lauréats, a ainsi été publié par la maison d’édition Messagers des étoiles.
L’humain étant généralement imparfait, cette catégorie d’édition comprend son lot d’excellents éditeurs, d’éditeurs compétents, d’éditeurs moyens et, bien sûr, d’arnaqueurs.
De l’autre côté de l’équation, l’édition à compte d’auteur voit sa définition se clarifier de plus en plus dans le milieu littéraire au Québec. Ce choix-là comprend aussi une panoplie de choix sur une sorte de continuum. Plusieurs éditeurs non subventionnés se spécialise dans une forme ou l’autre de ce modèle, faisant baisser les prix. Ça permet à l’auteur(trice) de profiter des avantages et des compétences de ces organismes.
Il y a bien sûr le modèle de l’auto-édition qui prend de plus en plus de place au Québec. L’arrivée d’outils informatiques performants pour la revue des textes et l’impression a libéraliser les métiers qui autrefois étaient uniquement attachés à quelques éditeurs. L’auto-éditeur(trice) peut donc prendre en main tout le processus d’édition à sa charge. Il(elle) établira des contrats avec des professionnels du livre fort compétents pour chacune des étapes de l’édition, comme la révision linguistique, la mise en page, la correction d’épreuve, l’impression, la distribution et, même, le coaching en écriture ou en édition. Pour faire sa place dans le milieu littéraire au Québec, il (elle) créera sa propre maison d’édition.
Ceci étant dit…
Quand on écrit et qu’on veut publier, la question la plus importante devient plutôt : « Quel modèle devrais-je privilégier ? » La seule réponse valable est : « ça dépend… » Voici quelques questions que vous devez vous poser avant d’accepter une formule ou l’autre :
Quel moyen financier ai-je à ma disponibilité pour vivre mon rêve ? D’abord, cela vous aidera à décider entre une édition subventionnée, le compte d’auteur ou l’auto-édition.
Qu’arrivera-t-il de mes droits d’auteurs ? Entre autres, les maisons d’édition subventionnées prennent vos droits d’auteurs ou, à tout le moins, les bloquent pour quelques années; avec le compte d’auteur, l’auteur(trice) garde généralement l’intégralité de ses droits d’auteur.
Quel processus d’édition et de correction propose la maison ? La plupart propose un processus complet, mais il arrive que certains coupent les coûts trop facilement, avec des conséquences sur la qualité du livre.
Ai-je le goût de prendre en main les étapes de l’édition pour devenir auto-éditeur(trice)? Si vous n’avez pas déjà développé des compétences en gestion et en administration de contrats, et que vous ne vous y intéressez-pas, je suggère de passer outre l’option d’auto-édition.
Quel mécanisme de promotion entend-on utiliser pour votre création littéraire ? On parle généralement de séances de dédicaces dans les salons du livre. Vous aidera-t-on à ouvrir des sessions de dédicaces dans les librairies ? Organisera-t-on votre lancement ?
Quel revenu puis-je retirer de la publication de mon livre ? Cela dépend du nombre de livres imprimés et du pourcentage de revenu. Lorsque subventionné, l’auteur reçoit généralement 10 % du prix de vente. Dans l’univers du compte d’auteur, le pourcentage dépend de la mise de fonds par l’auteur. Pour l’auto-édition, la base de revenu est plus large.
De quelle façon accompagne-t-on l’auteur ?Pourrez-vous profiter de coaching, d’aide à la communication, la préparation aux entrevues ? Aurez-vous accès à un réseau d’auteurs pour profiter de leur expérience ?
Quelle réputation a la maison d’édition choisie ? Il y a d’excellentes maisons et de bien mauvaises, tant du côté des éditions subventionnées qu’à compte d’auteur. Renseignez-vous.
Je reviens à l’achat d’une voiture…
Vous me voyez venir? Nous savons tous que nous devons magasiner avant l’achat d’une automobile. Qui d’entre nous ne connaît pas un garage qui offre l’une des voitures les plus fiables au monde et qu’on ne visitera jamais plus ? Il y a des marques qu’on n’achètera plus, un modèle qu’on n’aime pas, un vendeur qui n’inspire pas confiance, un montant qu’on ne dépassera pas. Tant de choses à considérer !
C’est la même chose pour l’édition du livre. Il y a plusieurs centaines de modèles d’édition offerts. L’important est de savoir ce que l’on veut et prendre le temps de magasiner adéquatement.
Bonne chance à tous les auteurs ! Lâchez vous lousse ! Ça se fait ! Je vous souhaite de belles heures d’écriture !
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Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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