1 mars 2012 (jeudi)
Les cadrans ont sonnés à 6 h. Nous nous sommes levés, nous nous sommes habillés et, tant qu’à devoir descendre trois étages, nous avons descendu les bagages avant d’aller déjeuner.
6 h 30. Ce matin, le déjeuner comprend des rôties, de la confiture, des oeufs brouillés du jus, du café et des bananes. Nous n’avions pas beaucoup de temps et je trouvais les jeunes très sages et très silencieux. Etaient-ils moroses de quitter l’Équateur?
Puis j’ai remarqué qu’ils avaient sorti leurs iPod et qu’ils écrivaient beaucoup. Ils avaient trouvés bien plus vite que moi le code pour accéder au Wifi. Bon, c’est le temps de faire un peu de Facebook, prendre mes courriels et écrire à la maison. Nous étions donc bien silencieux et concentrés sur la tâche. Les réseaux sociaux nous avaient rattrapés.

7 h. L’autobus est prêt à partir. Les bagages sont tous dans la soute à bagages.
Les jeunes sont toujours aussi silencieux. Pourtant, il n’y a pas de wifi dans le véhicule.
Est-ce que leur silence exprime qu’ils dorment encore à cette heure matinale?
Non, c’est parce que nous savons que le temps des derniers adieux approche.
Un fois rendu à l’aéroport, en possession de nos bagages, prêts à partir, ce fut le temps des larmes. A tour de rôle, nous avons serré fort dans nos bras Thierry et Carlos, ne sachant pas si nous les reverrons un jour. Si le voyage nous a si profondément marqués, c’est certainement grâce à ces deux-là. Ils se sont assurés que nous vivions de belles expériences dans ces 15 jours, et ce, en toute sécurité.

9 h 45 Les bagages étaient déposés en consigne. Nous avions passé la sécurité de l’aéroport. Nous avions aussi passé l’immigration équatorienne et nous avions nos cartes d’embarquement.
Nous nous sommes assis dans le secteur d’embarquement après avoir pris quelques minutes pour visiter quelques boutiques hors taxes et faire quelques achats de dernières minutes.
J’en ai profiter pour faire, des yeux, un tour d’horizon pour regarder les jeunes. Je sens leur manque d’entrain. La fatigue du voyage commencerait-elle à se faire sentir?
Puis, je comprends qu’ils ressentent la même chose que moi. Ils voudraient rester en Équateur encore quelques temps. Mais le besoin de revoir les leurs est fort. Nous cherchons à reprendre notre vie mouvementée qui bouscule notre temps et notre sérénité.
Pourquoi est-ce si difficile?
Parce que nous aurions aimé poursuivre nos apprentissages un peu plus longtemps. Mais à la fin, nous savons que ce voyage nous aura marqué profondément. Nos apprentissages ne sont pas encore terminés. Cette expérience nous a fait grandir un peu plus et l’effet continuera encore quelques temps. De retour au Canada, malgré le retour aux études ou à la vie un peu trop rapide de Montréal, nous prendrons le temps d’intégrer tous ces acquis. Par la mémoire de notre voyage, nous laisserons notre perception de la vie continuer de changer.
Quand nous avons pris place dans l’avion, la hâte de le sentir s’envoler m’a frapper fort. J’avais soudain envie de déposer mes pieds au Québec. J’avais aussi le coeur gros. Je quitte un pays qui m’a gardé tout le temps hors de ma zone de confort, mais que j’ai appris à aimer.
L’avion a décollé. J’ai vu défiler les terres, puis l’océan. J’ai retenu mes larmes, concentrant mes pensées pour les notes que je n’avais pas fini d’écrire. Mon calepin comprend plus de 115 pages écrites serrées. Mais il y a au moins un millions de mots dans ma tête.
15 h . Nous arrivons à Miami où nous nous devrons attendre quatre heures avant notre prochain vol. Bien sûr, une partie de ce temps nous le passerons dans les dédales de la sécurité de l’aéroport, où nous y trainerons nos bagages. Pourquoi les États-Unis forcent-ils les passagers en transit, en provenance d’autres pays à dédouaner leurs bagages même si les passagers ne restent pas chez eux? Je voyage beaucoup et je n’ai jamais vu ça ailleurs. Paranoia? Excès de sécurité? Difficile de le dire. Mais eux, ils sont certains d’avoir raison.
Une fois le processus de transfert effectué, les jeunes sont laissés libres dans la zone sécuritaire. Mais il faut garder les yeux sur le tableau qui informent sur les portes d’embarquement qui, à Miami, changent souvent. Lors de l’embarquement, je réalise que le prochain arrêt est à Montréal. Mon coeur flotte un peu. Puis j’ai dormi.
Quand l’avion a atterri à Montréal, que nous avons eu passé la sécurité et la douane, c’était déjà le 2 mars 2012. Le voyage était fini. De l’autre côté de la grande porte, les parents qui attendaient les jeunes. Je voyais dans leurs yeux le bonheur de revoir leur enfant. Ils réalisaient aussi que quelque chose avait changé chez leurs poussins. S’il n’avait pas grandi physiquement durant ces deux semaines, ils passaient tous la porte avec un air de maturité et de confiance qu’il n’avait pas en partant.
Ça m’a rappelé un autre voyage, en juillet 1999. À l’aéroport de Montréal, un avion arrivait du Salvador. Mon fils revenait d’un voyage humanitaire. Je me rappelle mes paroles dites à l’un des accompagnateurs : « Je t’ai prêté mon enfant et tu m’as ramené un homme ». Les changements étaient tellement visible que j’ai prononcé ces paroles avant même que Nicholas ouvre la bouche pour raconter son voyage et ses apprentissages. Puis, quand il a parlé, j’ai compris que ce changement était beaucoup plus profond que j’aurais pu l’imaginer.
C’était la même chose avec les jeunes de notre voyage Écuador 2012. Leur transformation ne faisait que commencer.
Pendant que Denis et Lyne faisait leur travail en parlant aux parents, en répondant à leurs questions et en s’assurant que tous les parents étaient présents, moi je réfléchissais. Ce voyage a peut-être changé ma perception de la vie mais il y a des choses qui ne changent pas :
- une douche chaude m’attendait à la maison;
- mon lit douillet m’attendait;
- demain, je vais me réveiller chez moi;
- bientôt, je vais parler aux enfants, à nos petites filles;
- est-ce que la batterie de mon iPad est encore chargée?
Je savais que ce voyage se poursuivrait encore quelques temps en format virtuel. Parce qu’il m’a transporté dans un monde différent, j’ai rencontré des gens très attachants. J’ai réalisé encore plus que je fais partie de ces gens privilégiés de la planète.
Puis j’écrirai. D’abord des publications sur mon blogue. Puis après, je verrai si ces publications simples satisferont mon besoin de raconter ce voyage.
Je m’abonne au blogue Les défis de Suzie
Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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