Le 8 août 2011
Aujourd’hui encore, on annonçait de la pluie. Et bien, nous n’en avons pas eu durant notre visite de cette ville que j’ai trouvé très sympathique. Mais il a fait froid. Je ne pense pas que la température n’ait dépassé les 15°C et nous avons ressenti le vent de la mer toute la journée. Disons que c’était une journée pantalon et coupe-vent.
C’est tout de même mieux que l’an dernier car nous avions visité les sites du débarquement de Normandie, Juno entre autres, sous une pluie froide et abondante. Il paraît, selon les guides rencontrés, que le temps actuel est très typique de la Normandie.
Ce temps n’a pas empêché les touristes de remplir les rues piétonnières de la vieille ville. Pourtant, certains étaient déçus car plusieurs magasins n’ouvraient pas aujourd’hui. Certains avaient leurs portes verrouillées pour toute la durée des vacances des Français. C’est un peu comme si on fermait les magasins à Montréal pendant les vacances de la construction. D’autres prenaient congé le lundi. Nous nous sommes aussi cogné le nez sur des portes barrées parce que nous les avons visités durant l’heure du dîner, que les français appellent le « lunch » et qui s’éternise de 12h à 14h. Bref, nous n’avons pas magasiné aujourd’hui.
Par contre, nous avons beaucoup marché et visité plusieurs endroits. Toute la journée. En ce moment, Denis et moi, nous dégustons une bière en attendant que l’heure du souper arrive. J’ai choisi une Grimbergen’s, une bière d’Abbaye, et mon conjoint a choisi une 1664, une bière blonde française. J’en profite pour commencer cet article pour mon blogue. Je le complèterai à l’hôtel, car j’ai besoin de vérifier certains points sur l’Internet. Denis revoit ses photos et lit un roman quelques minutes.
Et voici des informations supplémentaires pertinentes pour notre visite de Caen.
Pour bien comprendre Caen, il faut réaliser qu’au cours de l’été 1944 et ce pour six semaines, les trois quarts de la ville a été rasée par les bombardements alliés. Ils cherchaient à déloger les allemands de ce point stratégique. Les deux camps voulaient Caen et c’est Caen qui en a payer le prix. Aujourd’hui, rien de tout cela ne paraît, sinon que la majorité des bâtiments de la ville sont modernes et qu’il n’existe plus de rue médiévale trop étroite. Les artères de la ville sont larges et permettent une circulation fluide.
J’ai beaucoup aimé cette ville. La chaleur de ses habitants, les grands espaces, le port de plaisance, les vieux bâtiments sont attirants. Tout dans cette ville incite le visiteur à prendre son temps, à tout contempler, à marcher lentement dans la ville et à profiter de la vie. Si je devais la comparer avec un ville de chez nous, je la comparerais avec la ville de Québec. Mais là s’arrête la comparaison entre les villes dont l’une a un peu plus de 400 ans d’histoire et l’autre plus de 2000 ans.
Le château ducal a été lourdement endommagé lors de la bataille de Caen à l’été 1944. Il ne reste presque plus rien du château sauf les remparts et une partie du donjon. Le tout est devenu un beau parc où les familles se promènent le dimanche après-midi. On y marche sur les remparts, on visite son donjon et le musée des beaux-arts qui a élu domicile dans une nouvelle bâtisse moderne. Les autres bâtiments abritent le musée de la Normandie et… une exposition sur les vikings russes. Parfois, il vaut mieux ne pas chercher à comprendre.

L’histoire veut que Guillaume le bâtard, avant qu’il soit conquérant, ait épousé sa cousine au 5e degré, Mathilde de Flandres, malgré l’interdiction du Pape. Pour qu’ils puissent se faire pardonner, car on ne peut pas avoir un roi excommunié, le Pape leur a ordonné à chacun de fonder une Abbaye. C’est pourquoi Caen possède deux immenses Abbayes, l‘Abbaye aux hommes, fondée par Guillaume, et l’Abbaye aux dames, fondée par Mathilde. Toutes deux ont été construites au 11e siècle. Elles suivent les règles de Saint-Benoit.
L’Abbaye aux hommes abrite maintenant l’Hôtel de ville. On peut la visiter en partie.

Au cours de la visite d’une heure et demi, nous avons pu admirer l’Abbaye comme elle existait au 18e siècle, suite â des rénovations importantes au cours desquelles l’abbaye a presque complètement été reconstruit et modernisé. Le hasard de l’histoire a voulu qu’elle soit utilisée comme palais de justice lors de la révolution, comme lycée pendant 150 ans et comme hôpital par la Croix Rouge, durant la guerre. Son architecture, ses boiseries de François Poche, ses ameublements et sa pierre de Caen ont été peu affectés par ces drames historiques.
J’ai retenu deux choses importantes:
- François Poche a fabriqué toutes les boiseries des deux abbayes au 18e siècle. Il y a travaillé toute sa vie, de l’âge de 20 ans jusqu’à sa mort à 72 ans. Toute une oeuvre !
- la stéréotomie est l’art de tailler les pierres de différentes dimensions pour fabriquer des plafonds ou des escaliers sans les soutenir par des piliers.
Il s’agit de tailler les pierres, toutes différentes, et de les imbriquer sans mortier afin de transférer le stress sur les murs. C’est très ingénieux et d’une grande beauté. Je me demande si on applique encore cette technique aujourd’hui. Je pense particulièrement à certains ponts et tunnels de Montréal qui pourraient peut-être profiter de cet ingéniosité.
Aujourd’hui, la mairie de Caen a remis l’Abbaye dans un état similaire au temps des moines.
L’Abbaye aux dames, fondée par Mathilde de Flandres épouse de Guillaume le conquérant, elle abrite aujourd’hui, le Conseil régional de la Basse-Normandie. On peut la visiter mais de façon restreinte.

L’abbaye aux dames a été plus affectée par les drames de l’histoire que l’abbaye aux hommes. Utilisée comme caserne durant la révolution, ses rampes en fer forgé ont été fondues pour faire des armes, Les magnifiques boiseries de Poche ont été arrachées et utilisées comme bois de chauffage. Son mobilier a été vendu. L’abbaye a cependant été épargnée lors du bombardement en 1944, sauf pour ses vitraux qui ont éclatés en milles morceaux. Son éloignement du centre-ville l’a sauvée, mais aussi par le fait que la Croix Rouge l’a utilisé comme hôpital.
Le Conseil régional de la Basse-Normandie a restauré plusieurs parties de l’Abbaye. La visite guidée est gratuite et on peut y explorer plusieurs bâtiments du 18e siècle qui existaient dans l’Abbaye d’après sa rénovation, Le tout témoigne de la richesse de l’Abbaye.
Son abbatiale, construite entre 1060 et 1080, demeure un chef d’oeuvre d’art roman normand.
Il y a aussi plusieurs autres églises à Caen. Certaines ont été rénovées, parfois reconstruites complètement après le bombardement des Alliés. La plus impressionnante est l’église Saint-Pierre, en face du château :


D’autres ont été partiellement ou même complètement sacagées. Des ruines sont visibles ici et là dans la ville.
C’est notre dernière journée de grande vadrouille en France. Nous aurons passé un peu plus de six heures à marcher et à visiter cette ville. L’an dernier, notre passage en Normandie visait surtout les périodes des grandes guerres; alors nous avons passé à côté de Caen. Nous sommes contents d’avoir inclus cette ville dans notre itinéraire de cette année, même s’il nous a fallu faire un détour de plusieurs centaines de kilomètres pour la visiter. Voici d’autres photos prises lors de notre marche dans la ville:



Les quatre prochaines journées seront un peu moins remplies. Ça nous permettra de souffler un peu, voire même nous reposer un peu avant notre retour prévu pour samedi. Cela nous fera le plus grand bien.
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Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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