Je suis actuellement assise dans un Tim Horton en train de manger un muffin, à peine meilleur que celui de l’autre jour, avec un café.
Est-ce que je suis en train de faire une expérience gastronomique qui me fait comparer tous les « café et muffin » de l’Ouest de l’île? Non pas du tout. Mais le fait qu’il est difficile de se faire servir en français dans l’Ouest de l’île mérite que je sorte mon iPad pour écrire quelques lignes.
Dans l’Ouest de l’île, particulièrement à Kirkland, il faut s’habituer à se faire aborder en anglais et devoir insister pour se faire servir en français.
Ce matin, le soleil est resplendissant. Il ne fallait que cela pour que je parte à pied. Ma direction, le Bureau en Gros situé à deux kilomètres de chez nous, au centre d’achat du Colisée. J’imagine qu’il y a un autre nom officiel pour ce centre d’achat mais je ne l’ai vu nulle part. Par contre, Le Colisée, tout le monde du coin connait ça. Une structure ronde, pas très belle, en bordure de la 40. La bâtisse affiche un nom très français, mais la douzaine de salles de cinéma qu’elle abrite affichent des films en anglais seulement ou presque. Pour la forme, il y a une, parfois deux salles, affichant des films en français. On est à Kirkland après tout.
J’achète donc le papier pour imprimer des photos dont j’ai besoin, puis je reprend mon retour à la maison. C’est en passant devant le Tim Horton que j’ai eu le goût d’un bon café. Pourquoi pas un muffin aussi?
Quatrième en ligne pour me faire servir, j’attends patiemment. Puis on m’aborde avec un « good morning, may I help you? » et moi de répondre: « Oui, vous pouvez m’aider. J’aimerais un café et un muffin en faible teneur en gras ». Je dois avouer que je ne connais pas de nom français pour muffin alors je fais comme les Français et j’utilise le nom anglais. La serveuse me regarde intensément. J’ai l’impression de voir un large point d’interrogation au milieu de son visage. Je répète plus lentement : » café … et muffin … avec … faible teneur … en gras « .
Toujours le point d’interrogation. Hum … J’essaie en anglais: » coffee, muffin low on fat? » Enfin! son visage s’éclaire! Il y une lumière quelque part!
Elle me répond « we do not have any low fat « . Elle a un accent coloré qui vient tout droit de l’Inde. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas parler français dans un Tim Horton au Québec.
Alors je répond: « Vous n’en avez pas ? Je vais donc prendre le muffin aux carottes, là. » en pointant du doigt. Même point d’interrogation qui m’oblige à préciser » muffins, carrots? ».
Remarquez que je peux discourir pratiquement aussi aisément dans la langue de Shakespeare que dans celle de Molière. Mais ce matin, une espèce de résistance passive me fait parler en anglais par demi-mots.
Je sais que je ne gagnera pas cette bataille ce matin …. si je veux un muffin avec mon café.
Même après vingt ans de résidence dans l’Ouest de l’île à me faire servir plus souvent en anglais qu’en français, je continue de résister. J’exige qu’on me réponde en français. Je félicite la qualité du français de ceux et celles qui s’adressent à moi dans un français plombé d’accents étrangers. Je reconnais l’effort.
Je me dis qu’un jour je vais gagner.
J’ai résisté, je résiste, je résisterai encore.
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Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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