Édition professionnelle ? Quoi ?

Depuis quelque temps, la BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec) a changé l’appellation d’édition à compte d’éditeur, anciennement appelée « agréée », pour leur donner le titre ronflant « d’édition professionnelle ».

Que cherche-t-on en somme ? Essaie-t-on de faire accroire que ce modèle est mieux que les deux autres, le compte d’auteur et l’autoédition ? Pense-t-on vraiment que les gens vont y croire si on répète le terme et qu’on l’écrit souvent ?

« Pas rap’ ! » me diraient mes ados, à raison. Ajouter le mot « professionnel » à un titre ne devient pas une vérité pour autant ; plutôt, on démontre notre professionalisme par un travail exceptionnel. Or, dans le monde de l’Édition au Québec, ce n’est pas toujours le cas.

Ne vous trompez pas sur mes propos. Il y a d’excellentes maisons d’édition au Québec et elles se retrouvent dans les trois modèles reconnus : le compte d’éditeur, le compte d’auteur et l’autoédition. Pour en savoir plus sur ces modèles, je vous encourage à lire quelques publications disponibles sur ce blogue :

 La publication de livre au Québec
La publication à compte d’éditeur
La publication à compte d’auteur
La publication en autoédition

Mordue de littérature, je fouine depuis des décennies dans les librairies, les bibliothèques et les Salons du livre. Des bouquins mal écrits et mal fabriqués, j’en ai vu des tas. Aucun modèle d’édition n’y échappe. Certains éditeurs choisissent de couper des étapes cruciales dans le processus d’édition, pour économiser quelques sous. Écrire « édition professionnelle » dans leur titre ne diminuera pas leur incompétence. Les lecteurs se moquent d’eux.

Dans les faits, le professionnalisme s’attache à la manière dont on effectue le travail. Voici quelques erreurs trouvées chez plusieurs éditeurs, peu importe le modèle :

Erreur no 1absence d’ISBN : c’est comme si le livre n’existe pas. La Banque de titre en langue française, les bibliothèques, les libraires et même les critiques littéraires s’en servent. Je pourrais comprendre s’il fallait payer pour ça, mais l’Agence de l’ISBN (BAnQ) l’offre gratuitement au Québec. Il suffit de se donner la peine de le demander.

Erreur no 2 exclure la révision linguistique ; l’exclusion de ce processus très important de tout modèle d’édition se voit facilement. La lecture d’une page ou deux d’un tel livre nous fait découvrir de nombreuses fautes qu’un enfant de cinquième année ne fait plus. Les mêmes mots se répètent sans arrêt et le texte est bourré d’anglicisme. Ça éteint le lecteur !

Erreur no 3Négliger la correction d’épreuves : à titre d’exemple, certains textes contiennent des lignes orphelines dans le bas ou le haut d’une page ; ailleurs, on retrouve des tirets à outrance en bordure droite des paragraphes. On a mal fait, ou négligé complètement la correction d’épreuves. Ça rend la lecture difficile.

Erreur no 4 escamoter des règles de la mise en page : certains éditeurs choisissent un lettrage trop petit ou difficile à lire, ce qui nuit à la lecture. C’est la même chose quand les marges ne sont pas assez grandes. On comprend vite que l’éditeur a cherché des trucs pour diminuer le nombre de pages, ce qui réduit les coûts d’impression. J’ai déjà trouvé aussi des erreurs dans la pagination ou dans le titre des pages. L’absence d’information (crédits) est fréquente. J’ai vu des chapitres qui commencent sur une page paire.

Erreur 5 – mal choisir son imprimeur : j’ai vu des livres avec des textes mal enlignés ou mal placés dans la page. Parfois, il manque des pages. L’éditeur a choisi les coûts les plus bas et n’a pas fait de suivi. Parfois, c’est imprimé ailleurs…

Bref, que ce soit par inadvertance, par incompétence, pour aller plus vite ou pour que ça coûte moins cher, ces erreurs montrent une absence de professionnalisme. Ces éditeurs font fausse route. Les lecteurs ne sont pas dupes. Ces derniers voient clair dans ce genre de subterfuges. Ils hésiteront à acheter de nouveaux produits de cette maison d’édition.

Plusieurs maisons d’édition à compte d’auteur et de nombreux autoéditeurs méritent aussi qu’on applique le qualificatif « professionnel » à leur manière de gérer leur processus d’édition. Ils exécutent le travail avec minutie et suivent le processus de façon impeccable. Ça veut dire :

  • Qu’ils ne sautent pas d’étapes stratégiques (révision linguistique, mise en page, correction d’épreuves, impression), sachant que chacune a son importance ;
  • Qu’ils n’oublient rien… surtout pas les ISBN ;
  • Qu’ils vérifient chaque étape plusieurs fois. Et ils vérifient encore !

N’est pas professionnel qui le dit ! Produire un livre prend du temps, même quand le travail d’écriture est terminé. Chaque étape demande un travail minutieux qui ne peut être brusqué. On ne bouscule pas nos spécialistes. Plutôt, on les laisse faire un travail minutieux. Chacun ajoute une touche de beauté et de perfection à nos livres. Cette qualité de travail, on la retrouve en autoédition, à compte d’auteur et à compte d’éditeur.

Lorsque le résultat escompté est atteint, on peut parler de travail professionnel, mais pas autrement.


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