Bien sûr ! C’est important !
On s’étonne souvent de mon habitude de faire un plan avant de commencer à écrire un roman. Ça m’étonne toujours.
Construirions-nous une maison sans d’abord faire un plan ? Se lancer en affaires demande de planifier les étapes. Même cuisiner requiert une recette, même si elle n’est pas écrite. Et un bouquin ? N’est-ce pas assez important pour que l’on consacre du temps pour bien le planifier ? Quand on crée une œuvre d’art, il faut y réfléchir (plan), faire des ébauches (les versions), tout vérifier plusieurs fois (correction et vérification linguistique), avant de finaliser le tout en un bouquin imprimé (mise en page).
Quelqu’un me dit : « J’ai une idée d’intrigue ! Je me lance dans l’écriture ! »
Cette personne peut-elle prétendre avoir un plan ? À mon avis, c’est plutôt minimal. Elle risque de se perdre dans les dédales d’un suspense désordonné très mal ficelé. Elle aurait intérêt à développer une meilleure structure du roman, pour mieux écrire, travailler plus vite, bien intégrer toutes les idées et, surtout, ne pas s’égarer.
Écrire un livre, c’est long. Le temps se compte en années plutôt qu’en semaines. Je passe de longues heures à écrire, à faire de la recherche, à réécrire et à revoir mon tapuscrit des dizaines de fois. Toujours à la recherche d’efficacité, je visualise d’abord ce que je veux dire, j’énonce clairement ma pensée, je développe des personnages forts et je construis une intrigue qui garde le lecteur accroché. C’est ça mon travail ! Ces activités sont capitale à ma réussite. Sinon, ce sera un vagabondage au milieu d’idées déconnectées.
Certains auteurs établissent un document très détaillé, qui prévoit tout. Les choses sont claires, mais il y a peu de place pour la création libre. D’autres gardent un plan peu structuré qui permet une grande flexibilité, mais qui peut créer des écarts avec l’histoire qu’on veut raconter. Ma méthode se trouve entre les deux.
Les bases de l’écriture
Plus le plan est détaillé, plus je garde facilement le cap au cours de l’écriture. Ça évite d’échapper des détails importants… ou de m’éparpiller. Pour commencer, je réponds à quatre questions:
Quelles sont les raisons qui motivent ce projet d’écriture ?
J’écris généralement parce que j’ai quelque chose à dire. C’est souvent émotif. Ça peut venir d’un fait vécu, d’une expérience personnelle, d’un texte que j’ai lu ou d’un évènement qui m’a marquée.
Quelle est l’idée principale du livre?
Est-ce que je raconte une aventure qui divertit ? Est-ce que je rédige un texte qui fait réfléchir le lecteur ? Pour moi, les deux sont étroitement liés. Même mes suspenses les plus tordus possèdent leur message philosophique.
À quel lectorat s’adresse le livre ?
Bien sûr, je n’écris pas de la même manière pour les enfants, les ados ou les adultes. Le choix des intrigues, des mots, des idées, tout comme la manière de les développer, varie selon la clientèle.
Est-ce que je maîtrise bien l’information dont j’ai besoin ?
Il n’y a rien de pire que de lire un livre qui présente des informations erronées ou des détails flous. Ça coupe l’envie de continuer. Pour ma part, j’effectue de nombreuses recherches sur des sujets variés. Je consulte des spécialistes. Ça m’aide à mieux camper chaque roman dans un milieu précis et un contexte particulier.

Trouver l’idée et déterminer la trame du roman s’effectuent rapidement. Ces deux éléments bousculent mes idées pendant des semaines. Je n’écris pas, même si j’ai hâte de mettre ça en histoire complexe. Je perds même du sommeil, mais je résiste à prendre le crayon… ou le clavier, sauf pour prendre quelques notes en apparence éparpillées. Au fil des jours, mes personnages se précisent, tout comme les lieux où se déroule l’intrigue. La trame du roman prend forme.
Un jour, je ramasse mes notes, je prépare mes crayons et je sors du papier. C’est le temps de rédiger mon plan. La frénésie m’habite. Je barbouille rapidement une dizaine de pages. Puis je fais le ménage dans cet orage d’idées et je précise la trame du livre. Je recommence le processus jusqu’à ce que je sois satisfaite.
Le cadre de travail
Je construis un cadre de travail solide. Il comprend les éléments suivants :
- Le déroulement de l’intrigue ; ce qui se passe dans chaque partie du roman ainsi que le but à atteindre;
- La liste des personnages principaux et secondaires avec le rôle de chacun dans l’intrigue et leur description physique et psychologique.
- La liste des lieux où se déroule l’aventure, y compris leur description et un diagramme; si le lieu existe, j’ajoute des photos.
- Le temps (année, mois, jour, etc.) dans lequel se déroule l’intrigue.
- Le contexte est également un élément important; on peut parler ici de la météo, la saison, une époque, un lieu particulier ou la partie du jour;
- Le genre de livre qu’on veut écrire : histoire de guerre, roman historique, fantastique ou fantaisiste, etc.
Par la suite, j’incorpore des informations au fur et à mesure que le roman prend forme. Je raffine mon plan en cours d’écriture.

Le plan d’écriture
Chacun des éléments décrits plus haut m’aide à développer la structure du roman.
Une fois les grandes lignes établies, je détermine le contenu : les scènes, les actions, le déroulement de l’aventure. Je m’attarde aux personnages primaires et secondaires et je détermine leur apport dans l’histoire. Tout ça se transforme rapidement en chapitres qui font avancer le récit.
Je garde le plan suffisamment flexible pour permettre l’ajout d’une démarche spécifique, une information particulière ou des indices qui piqueront la curiosité du lecteur.
Je complète mes connaissances par de la recherche. La navigation sur le Web, la lecture de nombreux livres et la consultation de spécialistes me permettent de préciser les détails dont j’ai besoin au cours de l’écriture.
Tout ce travail permettra au lecteur de suivre la trame du livre et, surtout, de rester captivé par le scénario.
Peut-on modifier un plan d’écriture ?
Changer le plan dénature-t-il le roman qu’on est en train d’écrire ? Pas nécessairement.
Pour moi, un plan est un document élaboré avant l’écriture qui présente une suite ordonnée de scènes. Parfois, au fil de la rédaction, ce que j’avais prévu au départ n’a plus de sens. Ça ne colle plus avec l’intention choisie. Dans ce cas, je n’hésite pas. Je cherche des éléments nouveaux qui me permettront de reprendre le cap. J’enlève les éléments qui nuisent au récit.
Par contre, si une idée nouvelle s’immisce dans ma tête au fil de l’écriture, je me pose une question: « Est-ce que ça apporte une valeur ajoutée au récit ? » Dans l’affirmative, je l’intègre dans l’histoire; sinon, je mets ça de côté.
Un bout de texte mis de côté, dans la mémoire de l’ordinateur, dans un calepin de notes ou dans la tête, n’est jamais perdu. L’idée refera surface, dans un autre texte, au moment opportun. Parfois, ce jet de quelques lignes devient un roman entier.
Donc, pour ma part, un plan n’est jamais coulé dans le béton. Il doit évoluer en fonction de l’histoire qu’on raconte, au fur et à mesure qu’on écrit le roman.
En conclusion
Établir un plan avant de commencer mon roman me permet de bien camper l’histoire que je veux raconter. Ça aide à mieux écrire et ça évite de s’égarer quand notre tête nous bombarde d’idées nouvelles au cours de l’écriture. Il permet de garder le cap et d’assurer la cohérence de mon texte.
Voilà ! C’est à votre tour de bien développer le plan qui conviendra à votre prochain roman. Allez-y !
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Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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