Je ne te connais pas ! Comment ça se fait ?

Je publie mes écrits depuis plus de 12 ans. J’ai une bibliographie bien garnie. Je crée des suspenses, des romans humanistes et des nouvelles en tous genres. Je publie sur ce blogue. Je maintiens un site Web. Je suis très présente dans l’univers littéraire. Mes livres sont en librairie, sur ma boutique des Éditions du Défi, sur Kobo et sur Amazon. Mes livres sont vendus partout dans le monde francophone.

Les journalistes nous gavent d’informations, souvent 24 heures sur 24. Cependant, il y a des millions de données disponibles tous les jours pour seulement 24 heures dans une journée… 1440 minutes. Les médias font donc des choix. Ils trient en fonction de ce qu’ils croient intéressant pour le public. Comment devinent-ils ce qu’aiment ceux qui les suivent ?

J’ai souvent l’impression que les chaînes de télé nous servent en boucle les nouvelles les plus négatives et noires. Avez-vous déjà essayé de présenter à un journaliste un citoyen qui fait du bien dans sa communauté ? Très difficile. Pourquoi les médias sont-ils réticents à offrir de belles histoires à l’écran ? Parce que peu de personnes les regardent, ce qui baisse les cotes d’écoute. Par contre, ces dernières montent en flèche quand on montre des meurtres, de la sauvagerie, des guerres, de la vengeance et de la brutalité. « On veut que ça nous brasse en dedans ! »

Donc, les médias parlent de ces choses-là en premier, sous prétexte que c’est ce que les gens cherchent à voir et entendre. Pour le reste, on manque de minutes.

Et les livres alors ? On en parle rarement. J’ai d’ailleurs écrit sur le sujet en 2015 avec l’article « Les journaux et les livres». Supposons qu’une journaliste culturelle veut inviter un artiste pour parler de ses livres. Elle a le choix entre Jeanette Bertrand, Boucar Diouf et… Suzie Pelletier. Les chances sont qu’elle demandera d’abord « C’est qui, ça ?» en parlant de moi, bien sûr, parce que les deux autres, on les voit souvent à la télé. Si la journaliste a vraiment le goût de m’inviter, elle en discutera avec son directeur de programmation. Vous devinez ce qu’il dira en entendant mon nom  ? Et oui…

La journaliste soulignera que je travaille sur mon 30e livre et que j’écris pour les adultes, les ados et les enfants. C’est intéressant, non ? Le boss répondra : « Ah ! Mais, c’est qui, elle ? » Il remettra son employée à l’ordre, lui répétant un principe fondamental : inconnue = cotes d’écoute trop basses. En résumé, on interprète que Suzie Pelletier ne fait pas triper les clients. À preuve : personne ne la connaît.

Il n’y a pas moyen de s’en sortir. On ne t’invite pas si tu n’es pas une vedette ! Ça reste difficile de mousser ta notoriété sur une large échelle, si tu n’apparais pas dans les médias.

Récemment, j’ai testé ce principe. J’ai payé de la publicité dans un réseau populaire et je me suis assurée que ma face était bien visible. Ça se passait juste avant un Salon du livre où j’avais loué un stand. Je me suis amusée à observer la réaction des gens. On me regardait d’un air qui disait : « Je vous ai vu quelque part, mais je ne sais pas où… » Je recevais des commentaires comme  «Eille ! Tu étais à la télé, ce matin ! ».

En prime, les visiteurs se sont intéressés beaucoup plus à mes livres. C’est un début, mais je devrai répéter l’expérience plusieurs fois pour que l’impression de « déjà-vu » persiste dans la tête des lecteurs. J’espère que ça marchera, sur le long terme. Dans les faits, je ne suis toujours pas une personne connue. Je ne suis pas actrice, commentatrice, journaliste ou politicienne. Je n’apporte aucun intérêt pour les lecteurs… selon les médias. Maintenant, vous savez mieux… c’est à cause des cotes d’écoute !

En somme, les animateurs culturels n’invitent que des artistes dont la notoriété est déjà faite. On composera un bel article pour parler de leur vie, leur parcours et… leur nouveau livre. Ça fait grimper les cotes d’écoute.

Les médias s’imaginent que les cotes d’écoute leur indiquent correctement ce que les gens « veulent entendre ». Cette perception s’incruste dans la tête des directeurs de programmation. Ils font donc un choix en fonction de ce principe illogique.

Curieusement, les directeurs de ces émissions dites « culturelles » se font un point d’honneur à faire connaître la littérature de chez nous. Pourtant, ils s’entêtent à ne présenter que les gens dont la face est vue souvent à la télé. Comment leurs auditeurs vont-ils s’intéresser à un auteur… s’ils ne savent pas que l’artiste existe ? Encore une fois, c’est à cause des cotes d’écoute.

Le tri appliqué par les médias déforme la réalité. Par exemple, comment peut-on affirmer qu’on ne s’intéresse pas à moi ? Parce que je ne suis pas connue, on prétend que mes œuvres sont boudées. Donc, on ne m’invite pas à des émissions culturelles. Pourtant, mes livres plaisent aux gens, quand je participe à un événement. Même, les lecteurs reviennent d’année en année, pour acheter mes derniers livres.

N’ayant pas ma face à la télé, je dois développer ma propre notoriété en travaillant très fort, plus fort que n’importe quelle personne publique.

Je résume la situation. Si vous êtes vedette, et que vos livres ont déjà beaucoup de succès, on vous aidera à en vendre plus. Vous serez invités à toutes les émissions culturelles pour en parler. Par contre, si vous n’êtes pas connu, vous devrez développer votre public un exemplaire à la fois.

Ce phénomène fait partie de la vie de la plupart des artistes. Ça choque certains écrivains et ça en décourage plus d’un. Plusieurs ressentent une grande frustration et une impression d’échec. Pour ma part, mon côté rebelle me fait aborder cet écueil différemment. Si ça ne marche pas par un sentier, j’en trouve un autre. Plutôt, j’en trace un autre. Généralement, je choisis le chemin qui implique de travailler, de travailler et de travailler encore. J’accumule les succès et j’y trouve mon bonheur.

La prochaine fois que vous participerez à un événement littéraire, cherchez une écrivaine ou un écrivain que vous ne connaissez pas. Prenez le temps de vous intéresser à son œuvre et à sa personne. On l’appréciera. Vous partirez avec le bonheur d’avoir rencontré une ou un artiste et voua aurez appris sur ses bouquins.  Les médias, eux, ne vous en parleront pas !


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