Vous vendez de vrais livres ?

Ce commentaire génère souvent des réactions viscérales chez les auteurs qui les entendent. On a envie de répondre : « Pour qui me prends-tu ? Je ne suis pas un coton, mais un artiste ! » Pour d’autres, l’humour devient l’avenue la plus facile : « Non ! J’offre des briques ! J’ai juste collé des images dessus ! »

Aucune de ces solutions n’est acceptable. La présence d’un écrivain en séance de dédicace sert avant tout à promouvoir ses livres et à les vendre. Les réponses proposées au paragraphe précédent sont donc contreproductives. Elles rebutent le client qui n’achètera pas votre bouquin et refusera de vous écouter. De plus, il pourrait contribuer à vous faire une mauvaise réputation. On dira de l’artiste qu’il « n’est pas parlable ».

J’aime observer les gens qui déambulent dans un Salon du livre. Au fil des ans, j’ai compris que les questions posées cachent souvent le sens véritable de ce que cherche le lecteur. Bien humblement, je me souviens d’avoir demandé des directions, à un auteur connu, pour trouver un roman… qu’il n’avait pas écrit. Concentrée sur mon besoin, je n’ai pas vu sa cocarde qui l’identifiait comme écrivain. Je n’ai pas saisi la scène : un gars assis sur une chaise derrière une table remplie de bouquins. Il m’a gentiment répondu qu’il ne le savait pas où trouver ce que je cherchais et il m’a souhaité bonne chance. Il m’a souri et il m’a offert de me parler de son livre à lui. J’étais gênée quand j’ai compris ma méprise. Pourtant, j’ai adoré ma conversation avec lui. Il aurait pu se choquer ou traiter ma demande en dérision, mais il a choisi de rester courtois et de passer outre mon erreur.

Ainsi, quand ce fut mon tour de m’asseoir derrière une table de dédicace, j’ai appliqué sa technique. Ma réponse à la question en titre est devenue : « Bien sûr ! Vous aimeriez que je vous en parle ? » Ça marche. Même si le lecteur ne veut pas mes livres, il repart avec le sourire et il se souviendra positivement de moi.

Au fil de la discussion, je finis par comprendre la définition de « vrais livres » pour eux. Par exemple, certains lecteurs préfèrent lire des biographies ou des histoires vécues. Pour eux, les romans sont inventés et ne sont pas « vrais ». Ça n’a rien à voir avec la qualité de mes œuvres. Je respecte leur opinion. Je leur recommande de continuer leur visite, car ils trouveront un livre à leur goût dans un autre kiosque.

Souvent, les lecteurs cherchent des livres qu’ils ont vus à la télé. Bon. Les miens n’y sont pas, mais en parlant avec ces visiteurs, j’arrive à leur expliquer que mes bouquins sont aussi vrais que ceux qui ont de bonnes cotes d’écoute.

En gros, pour développer un lien intéressant avec un lecteur, il faut être prêt à passer au-delà de la question qu’il nous pose. La plupart du temps, ça génère des conversations fascinantes et, surtout, enrichissantes.

Bien sûr, il restera toujours des individus qui assomment l’auteur en lui disant que « ses livres ne sont pas bons ». C’est plus difficile à désamorcer. J’apprécie quand on a lu l’un de mes romans et qu’on ne l’a pas aimé. Ça arrive et c’est correct. Bien écouter ces commentaires me fait grandir. Mais ça ne veut pas dire que mes livres sont de mauvaise qualité.

Des fois, on me dit que mes romans ne peuvent pas être bons parce que j’ai choisi l’autoédition pour les publier. Ah ! Là ! Je m’amuse. Avec le sourire, je les fais changer d’avis. Je les invite à consulter mon site Web les Éditions du Défi.


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