Es-tu une vraie autrice ?

Au cours des dix dernières années, j’ai visité tous les Salons du livre au Québec et plusieurs ailleurs. J’ai entendu à peu près toutes les questions possibles. Je parle souvent, sur ce blogue, de toutes les questions que je reçois lors de mes présences en Salon du livre. Certaines peuvent porter à confusion ou offusquer certains écrivains.

Parfois, il n’y a aucune équivoque. Un jour, un homme m’a garroché au visage les trois premiers romans de la collection des Pirates du Web (La vengeance d’Amélie, La fuite d’Emma et Le destin deNancy), qu’il avait mis en pièces. En lisant le troisième, il a compris que l’un de mes personnages (Ethan) est gai. Il m’a intimé de « rendre Ethan hétérosexuel tout de suite ! » Son comportement était si menaçant que j’ai dû faire intervenir des agents de sécurité pour qu’on l’expulser du Salon.

Heureusement, ces moments sont très rares. La plupart des commentaires bizarres arrivent parce des gens trop pressés, ou stressés, qui ne réfléchissent pas à ce qu’ils disent avant de parler. Leurs questions peuvent blesser. La plupart du temps, j’essaie de comprendre l’intention derrière le message.

Imaginez la scène : Un Salon du livre quelque part au Québec. Je suis installée dans un kiosque qui identifie clairement la maison d’édition. Je suis assise derrière une table et j’ai deux, trois livres (les miens, bien sûr !) devant moi. Je porte une cocarde qui m’identifie comme écrivaine.

Un lecteur ou une lectrice se présente devant moi et pose LA question :

WOW ! La première fois que j’ai été confrontée à un tel commentaire, un collègue assis à côté de moi a éclaté de rire. Il a ajouté sur un ton condescendant : « Vous voyez bien que Suzie est un robot ! »

Une immense peine s’est glissée sur le visage de la visiteuse. Malgré mes efforts pour la consoler, elle est repartie avec la larme à l’œil.

Pourquoi mon collègue a-t-il braqué cette femme comme ça ? Pourquoi l’insulter alors qu’elle prend le temps de nous parler ? Parce qu’il n’aime pas le propos ou la manière? Sa réaction n’aide personne. D’ailleurs, le comportement de mon collègue m’a mise en colère. Il voyait sûrement ma furie sortir en fumée de mes oreilles. Il s’est contenté de croiser les bras sur sa poitrine.

J’ai souvent fait face à cette question particulière au fil des ans. Chaque fois, j’ai tenté de comprendre le besoin de la lectrice ou du lecteur. C’est toujours éducatif. Parfois, le lecteur ou la lectrice repart avec l’un de mes romans.

Les livres de Suzie Pelletier

En Salon du livre, la quantité de stimuli visuels et auditifs est tellement importante qu’on n’arrive pas toujours à bien saisir les informations qui devraient nous sauter aux yeux. On ne voit pas la cocarde. On interprète mal la scène qui met en évidence une autrice et ses romans.

Je fais face à ce phénomène parce que je ne suis pas connue, même après douze ans de carrière dans l’univers littéraire au Québec. Je vais traiter de ce sujet particulier dans une prochaine publication sur ce blogue. Sans rentrer dans les détails, avouons qu’on ne connait pas toujours la personne qui nous présente ses bouquins. On veut en savoir plus, savoir qui elle est, même si la manière de questionner est parfois maladroite.

Dans le fond, les gens font les curieux. Si on fait preuve d’intérêt à notre tour, les discussions deviennent fort stimulantes. Il suffit de faire un petit effort pour aller au-delà du commentaire ambigu.

Pour répondre à la question, je mets un sourire sur mes lèvres et je dis : « Oui, je suis une vraie autrice. Acceptez-vous que je vous parle de mes livres ? »

Ça marche à tout coup !


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