Écriture – Du rêve à la réalité

Une question d’une lectrice : Du rêve à la réalité, quels pas faut-il faire ?

C’est de loin le commentaire qui me laisse le plus perplexe. D’abord, j’ai l’impression que cela soutient des interrogations sous-jacentes. Pour une raison quelconque, j’ai de la facilité à développer des projets parmi les plus fous, sans crainte et avec ardeur. Je pense que j’ai toujours été comme ça. Si ma tête se déchaîne souvent dans mon monde imaginaire, j’aime bâtir, vivre dans le concret et réaliser des objectifs. Au fil de ma vie, il y a peu de mes rêves qui n’ont pas été mis en chantier. 

Comprenant cela, la question de cette lectrice me fait réfléchir. Je revois, dans ma mémoire, la première fois qu’on m’a abordée avec le commentaire. Les yeux de la lectrice brillaient. De toute évidence, une idée particulière tournait dans son cerveau. Elle prenait ma réussite comme un exemple qui l’incitait à réaliser le sien. Si nous avons discuté un bon moment, je me suis heurtée à ses interventions négatives.Elle tentait de se convaincre que ça n’avait aucun bon sens de tenter de transformer son rêve en réalité. Je l’ai même bousculée, un tout petit peu. J’étais perplexe, incapable de saisir son processus d’analyse qui vouait ses efforts à l’échec, avant même de commencer. 

Il faut d’abord expliquer que cela dépend grandement de l’aspiration elle-même. Que cherche-t-on à accomplir ou obtenir ? À titre d’exemple, notons la grande différence entre « vouloir écrire », ce qui est un but noble, et « chercher à devenir célèbre », ce sur quoi nous avons peu de contrôle. Il m’apparaît clair que toute personne peut écrire, mais que c’est le public qui la rendra célèbre. De plus, entre les deux, on compte plusieurs années remplies d’un travail acharné. Il est donc important de bien comprendre notre rêve avant de le transformer en véritable objectif à atteindre. Ça aidera à déterminer l’ampleur des barrières à surmonter. En voici quelques exemples. 

La crainte de ne pas réussir. Qui n’a pas vécu cela un jour dans sa vie ? Un joueur de hockey qui fonce sur un immense gardien de but, un élève face à un examen compliqué, un employé devant un défi particulier. C’est comme une montagne qu’il nous faut gravir jusqu’à son sommet. Il n’y a donc rien d’étonnant qu’une personne qui rêve d’écrire sente également cette peur qui peut parfois se transformer en terreur. Je l’ai vécu dès le début de la rédaction du roman « Le Pays de la Terre perdue ». Moi aussi, je me suis laissée prendre à l’énormité de ce qui habitait dans ma tête. Puis, alors que l’idée me réveillait la nuit, je me suis demandé : « Est-ce si grave que ça de ne pas réussir ? Puis-je trouver de la satisfaction dans ma manière d’essayer ? » 

Une fois que l’écriture fut terminée, le rêve s’est transformé. Je voulais publier. Une nouvelle étape commençait. 

Ne pas être à la hauteur. En ce qui me concerne, j’ai vécu cette peur quand j’ai décidé d’envoyer mon manuscrit aux maisons d’édition. Je tremblais juste de me présenter avec mon paquet chez Postes Canada. Puis, je prenais un temps fou avant d’ouvrir les réponses. La question qui martelait l’intérieur de ma tête était fondamentale : « Est-ce que j’écris assez bien pour qu’on accepte de publier mon roman ? » Le doute m’assaillait au point de me donner la nausée. Je me suis même assurée que peu de personnes soient au courant de mes démarches. Comme ça, j’aurais à faire face à moins de gens si je n’atteignais pas mon but.

Par contre, rebelle dans l’âme, j’ai choisi de foncer. Mon cœur bouillait de terreur, mais je serrais les dents. Pour chaque réponse négative, j’envoyais deux demandes supplémentaires. Je me suis dit : « De toute façon, je n’ai jamais rien fait comme les autres ! Rien n’a jamais été facile dans ma vie ! Pourquoi est-ce que ce serait différent avec mon roman ? » Ce retour sur l’expérience de vie m’a donné un nouveau souffle. J’ai cherché ma propre voie, mon style personnel et j’ai décidé de m’investir dans ce choix. Très vite, je me suis répété que, si une maison ne voulait pas de mon livre, c’était tant pis pour elle.

Faire rire de soi. Ne vous en faites pas, ça va arriver de toute façon. Souhaitez seulement qu’on ne le fasse pas dans votre face. Il semble que ce soit humain de rabaisser ses semblables. Pour se sentir mieux peut-être. C’est très désagréable, mais on survit. Je suis convaincue que le besoin de diminuer les autres est ancré lourdement dans la jalousie. La seule façon d’éviter ça est de ne rien faire, et encore. De nature, je suis turbulente, j’ai des idées farfelues, et je fonce pour faire des projets que plusieurs ont refusé de considérer. J’ai appris à ne pas me laisser intimider par les sourires en coin ou les comportements négatifs. 

Si je suis chanceuse de maîtriser cette attitude ferme qui me caractérise, je sais que la majorité des gens ressentent une grande appréhension au moment de faire quelque chose d’extraordinaire.  

En somme, il est possible de faire passer son rêve dans la réalité, pourvu qu’on se donne la peine d’y travailler ardemment avec son cœur et… d’utiliser sa peur pour avancer. Il faut juste décider de s’y mettre…


Une réponse à « Écriture – Du rêve à la réalité »

  1. […] qu’on devrait écrire nos récits dans le but de publier ?Comment devient-on écrivain ?Du rêve à la réalité, quels pas faut-il faire ?Que fait-on avec le doute […]

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