Écriture – Que fait-on avec le doute ?

Je suis restée tellement surprise quand j’ai reçu le commentaire. Cette cliente m’avait précisé qu’elle voyait Nadine (mon héroïne) comme une femme forte, vive d’esprit et qu’elle appréciait le fait qu’elle ne vivait jamais dans le doute. Déjà, j’étais estomaquée. Pour moi, le personnage principal de la série « Le Pays de la Terre perdue » est toujours rempli d’incertitudes. C’est d’ailleurs ce qui lui permet de ne pas sauter tête baissée dans toutes sortes d’aventures rocambolesques et très dangereuses. Ses questionnements l’obligent à analyser, faire des plans et prendre des décisions déchirantes.

Or, ma lectrice n’en avait pas fini : « Vous, là, pour écrire autant de livres, c’est sûr que vous n’avez pas de doutes. »

Je me souviens avoir dévié la question pour éviter d’y répondre directement. Pendant que j’écoutais attentivement ses explications sur la lecture de mon roman, mon subconscient s’accrochait au débat. J’ai toujours été remplie de doutes. Depuis que je suis capable de penser. Juste avant que cette cliente arrive, je réfléchissais à ce tome V que je m’apprêtais à déposer et les interrogations s’enflammaient dans ma tête.

  • Est-ce que mon éditrice acceptera de le publier ?
  • Ai-je tout fait pour le rendre au meilleur de mes compétences ?
  • Le public l’aimera-t-il ?
  • Est-ce que j’hésiterais à créer un nouveau roman ? 

Bien sûr, au fil du temps, la vie m’a bousculée de tout bord tout côté et je me suis servie de toutes ces peurs pour mieux avancer. Il n’y a rien d’étonnant à ce que Nadine fasse pareil. Pour moi, un doute devient une question. Une question se transforme en sujet de recherche. Une recherche donne l’information qui aide à la décision. La décision permet de grandir. J’applique ce principe à me nouvelle carrière d’écrivaine. C’est probablement pourquoi j’ai l’air si sûr de moi. Une fois la décision prise, je plonge dans l’action. Pour que le rêve devienne réalité…

Quand je crée, la présence du doute dans mon plan de travail est fondamentale pour assurer la qualité de l’ouvrage. Il y a un choix de mot, une idée à confirmer dans le texte, une date à vérifier, un évènement à bien placer dans le temps. Ce sont tous des éléments que je révise 10 fois plutôt qu’une, au cours de la rédaction d’un récit. Ça rend mes romans vraisemblables, riches, vivants et enlevants. 

Par contre, je refuse de limiter ma création littéraire et sa promotion sur de simples doutes. Entre autres, je me souviens d’avoir reculé face à l’écriture de mon livre quand j’en ai réalisé l’ampleur de la tâche et mon inexpérience. Je l’ai même caché dans le fond d’un tiroir pour ne pas l’avoir sous les yeux. Si j’avais continué de me dire que la composition d’un roman n’était pas pour moi, la collection n’aurait jamais vu le jour. Étant ce que je suis, cette incertitude s’est convertie en rêve. J’ai mis mon cœur, mon âme et mon énergie à le transformer en réalité. 

Je rencontre souvent des gens qui m’affirment vouloir écrire. Parfois, ils cherchent à consigner le récit de leur vie, autrement ils ont une histoire ou veulent tenter de rédiger un essai sur un sujet qui les intéresse. Leurs yeux hagards qui me crient : « J’aimerais, mais je sais que je n’y arriverai pas !» Je saisis qu’ils se complaisent dans le doute. Ça fait peur de plonger et de, peut-être, se casser la gueule. Puis, il y a tout ce travail qui rebute plusieurs d’entre eux. J’ai beau leur dire qu’il faut mettre toute l’énergie nécessaire pour réaliser nos rêves, je comprends que plusieurs personnes préfèrent se cacher derrière l’indécision. 

Pour moi, l’absence de questionnements est synonyme de mort intellectuelle. Les êtres imbus d’eux-mêmes, ceux qui n’ont pas de doutes sur leur compétence, n’avancent plus dans la vie. Ils stagnent. Je refuse de m’y laisser prendre. Je crois aussi que j’acquière de la maturité tous les jours. Je travaille fort pour poursuivre mon cheminement, pour devenir meilleure et pour apporter mes écrits toujours plus loin. 

Ce que cette lectrice a vu en moi c’est mon assurance personnelle. Ça arrive après le doute, la question, la recherche et la décision. Quand on sait hors de tout doute que l’expérience qu’on s’apprête à vivre sera enrichissante. Parce qu’on est prêt à y mettre son énergie. 


Une réponse à « Écriture – Que fait-on avec le doute ? »

  1. […] De quelle expérience a-t-on besoin pour devenir écrivain ?Méthode de travail ou gestion de l’imaginaire?Combien de versions doit-on faire pour avoir un bon texte ?Est-ce qu’on devrait écrire nos récits dans le but de publier ?Comment devient-on écrivain ?Du rêve à la réalité, quels pas faut-il faire ?Que fait-on avec le doute ? […]

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