L’auteur, le libraire et le lecteur, une relation fragile

J’ai d’abord été une grande lectrice. Depuis 2011, l’autrice en moi a pris de plus en plus de place. Je fais partie des chanceux qui ont vu leurs ouvrages publiés et je bataille toujours pour que mes bouquins se retrouvent sur les tablettes des librairies. Le monde du livre est merveilleux, vu de l’extérieur, mais de l’intérieur, la symbiose entre trois de ses composantes est si précaire. 

Le lecteur ou lectrice est celui (celle) qui a le choix. Il (elle) cherche quelque chose, une
information, un texte poétique qui le (la) fera réfléchir, une idée nouvelle qui le (la) fera grandir ou, tout simplement, un texte qui le (la) sortira de son quotidien et le (la) fera rêver.

Devant la multitude et la grande diversité des ouvrages offerts, nous devons choisir. À la recherche de nouveautés, nous nous retrouvons dans les librairies et dans les Salons du livre. L’auteur(trice) nous parle directement, pour nous
connaître, nous intéresser à son œuvre, pour nous fidéliser. Nous sommes courtisés par le libraire pour que nous le visitions pour acheter ses produits. C’est par le libraire que l’auteur(trice) se fait connaître.

Le travail du libraire n’est pas plus facile. On pourrait se demander, par
exemple, pourquoi une si petite diversité de nos livres est étalée sur leurs tablettes.

Le libraire vous dira qu’il doit survivre et qu’il choisit, parmi les 50000 produits qui sortent chaque année dans le monde francophone, ce qui se vendra le mieux. Je répond toujours : « Peut-être, mais c’est certain que si mon livre n’est pas sur ta tablette, il ne se vendra pas. » Le libraire présente son rôle comme très important pour faire connaître la littérature québécoise au public. Or, j’estime qu’ils choisissent environ 10 % des produits existants. Pire encore, de ce minime nombre, j’estime que plus de 80 % on été écrit par des gens très connus dans sphère publique, ceux que l’on voit et entend à la télévision. Fausse représentation, vous direz ?  

Il me semble que certains principes marketing devraient s’appliquer ici. Par exemple, plus on offre de choix, plus la clientèle sera grande et plus on vendra. Le libraire prend-il vraiment le temps de se tenir au courant de toutes les disponibilités ? J’en doute. Je ne les vois pas dans les Salons du livre, en tout cas.

L’auteur ou l’autrice dans tout cela ? Quel est son rôle ? Il(elle) écrit avec passion et produit une œuvre du mieux qu’il (elle) le peut. Un livre peut faire l’objet de 20 versions avant de voir un éditeur.

Plus on compose, plus on améliore son talent, plus son style prend de la profondeur et plus on diversifie ses textes en explorant de nouvelles avenues. Par le fruit de son travail, on instruit, divertit, choque et aide. Le lecteur aime ou n’aime pas, mais on offre un choix. C’est le créateur et son devoir est d’ajouter ses œuvres dans le collectif imaginatif de l’humanité. Par la grande diversité des œuvres, les idées circulent, les débats s’installent, les choix de vie se font.

Il faut comprendre que tout ce débat possède un filon économique fort
important. Pour que l’auteur(trice) vive de ses écrits, ces derniers doivent être lus, c’est-à-dire qu’on doit acheter ses bouquins. Pour que son œuvre soit considérée par le lecteur, il faut que ce dernier sache que l’œuvre existe, c’est-à-dire que, une fois le texte publié, le libraire doit courir le risque de le placer sur ses tablettes. Une spirale sans fin. Un équilibre plutôt précaire.

Si le libraire doit faire un choix, il prendra dernier livre de Jeanette Bertrand bien avant celui de Suzie Pelletier. Bien sûr. Il mettra les 50 exemplaires de Jeanette dans sa vitrine. Celui de Suzie dans le rayon avec avec les P. Puis-je le blâmer ? Non. Mais je constate que le libraire oublie facilement que mes livres font aussi partie de la littérature québécoise qu’il prétend valoriser.

S’ajoute à ceci le fait que les lecteurs trouvent d’autres manières de trouver leur lectures sans passer par le libraire. On achète directement des éditeurs, ou des grandes surfaces, Costco et Walmart, pour n’en nommer que deux. La complexité augmente, Un client abonné à Prime d’Amazon, reçoit son livre dans les 48 heures plutôt que d’attendre deux à trois semaines en librairie. Vous feriez quoi, vous ?

Donc, on visite moins le libraire qui finit par étouffer.

Un jour, je vous parlerai de l’option d’auto-éditer ses livres et tous les dilemmes que ça apporte…


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