Journée ensoleillée dans le bois-de-l’île-Bizard

Nous avons été enfermés à l’intérieur depuis quelques jours, en raison du mauvais temps. Le retour du soleil nous a incité à mettre nos bottes de marche et d’aller explorer un beau coin de l’ouest de l’île de Montréal. C’est ainsi que nous avons mené notre destinée jusqu’au parc-nature du Bois-de-l’île-Bizard. 

Bien que nous habitons l’Ouest de l’île de Montréal depuis plus de vingt ans , nous ne connaissions pas encore ce parc. Heureux de nous retrouver en nature, nous avons laissé nos pieds choisir eux-mêmes leur chemin dans cette forêt dont les couleurs d’automne égayaient nos âmes en cet après-midi ensoleillé. 

Le parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard a la forme d’une étoile aux bras allongés, au nord-est de l’île Bizard, elle-même coincée à l’entrée de la rivière des prairies, entre le lac des deux montagnes, l’île de Montréal au sud-est et l’île Jésus (ville de Laval) au nord-est. 

Le parc lui-même est composé d’un merveilleux mélange d’érablières, de cédrières et de marécages. Nous n’avons vu que quelques canards sauvages et une buse, même si la publicité nous promettait aussi des hérons et des grands-ducs. La longue passerelle qui traverse les marais nous a gardé les pieds au sec pendant qu’on observait une hutte de castor, quelques canards et des millions de quenouilles.

Au printemps et à l’automne, le parc est un arrêt privilégié pour la migration des bernaches et des oies. Il faut visiter ce parc avec un appareil photo et des lunettes d’approche.  Le parc de 201 hectares offre 10 kilomètres pour la randonnée pédestre et le vélo, comprenant un long belvédère qui serpente dans le marais. Les prises de vues sont extraordinaires, avec un accès au lac des Deux-Montagnes et un autre à la rivière des prairies. 

L’hiver, le parc offre 20 kilomètres de sentiers pour le ski de fond. Le temps d’un instant, nous avons eu hâte que la neige tombe pour venir y glisser nos skis quelque temps. Mais avant que la neige tombe, nous avons l’intention de revenir nous promener dans les sentiers pédestres du parc, surtout pour marcher les kilomètres que nous n’avons pas pu parcourir durant ce court après-midi. 

Aujourd’hui, notre escapade d’apparence inorganisée nous a conduits au bord du lac des Deux-Montagnes. Nous avons exploré le bord de l’eau qui nous paraissait différent de ce que nous connaissons si bien au parc-nature du Cap Saint-Jacques. Cette pointe de terre qui pousse dans le lac des Deux-Montagnes s’appelle la Pointe-aux-carrières. Elle est remplie d’histoires qui nous rappelle autant le troc avec les Autochtones sous le régime français, la drave par sa proximité à la rivière des prairies et le fleuve, les carrières de roches et l’aménagement en plage dans les années 1930.  

Il est beau, ce parc.

Notre petite marche nous a ramenés au chalet du parc. Nous avons repris le chemin en sens inverse. Une fois la rue du bord de l’eau traversée, nous nous sommes dirigés vers le grand marais pour y prendre des photos. Il s’agit de l’un de rare coin marécageux de la région de Montréal. Les autres ont été comblé pour porter ces immenses résidences à multiples paliers. Voici quelques photos prise dans le marais:

Pendant que Denis explorait un court sentier vers le petit Butor, j’ai trouvé un banc et je m’y suis assise. J’y suis restée quelques minutes, le temps de reprendre un peu mon souffle. Je me trouvais dans une partie de la forêt où seul le banc de bois indiquait la présence de civilisation. Le sentier couvert de feuilles colorées ressemblait plus à un fond de forêt qu’à une piste qui mène d’un point à l’autre. Il n’y avait personne dans le sentier. J’ai fermé les yeux pour mieux sentir la forêt. Le banc a disparu de ma vue. J’ai entendu le vent qui faisait chanter fort la cime des arbres. Il faisait aussi rouler les feuilles tombées sur le sol dans un son délicat de bruissement. À ma gauche, j’ai entendu les pas d’un petit être, un écureuil probablement, qui marchait sur le sol jonché de feuilles mortes. J’entendais un oiseau, juché haut dans un arbre. À ma droite, un pic-bois travaillait de son bruit strident. Le bois sentait bon les feuilles mortes sur fond d’odeurs âcres de marécage. 

J’ai ouvert les yeux. J’ai vu le soleil resplendissant qui perçait la forêt. J’ai observé les ombres jetées par les arbres qui bloquaient les rayons du soleil. J’ai vu l’écureuil, maintenant silencieux, grimper sur un tronc d’arbre couché au sol. J’ai vu la grenouille qui sautait dans un tas de feuilles. 

J’étais dans une forêt qui aurait pu être n’importe où, n’importe quand. Les arbres morts supportaient une autre vie comme si la nature n’avait aucun début ni aucune fin. Durant ces quelques minutes de bonheur, mon cerveau a tourné à grande vitesse, inventant un monde sans civilisation. J’étais au coeur d’une forêt éternelle et la vie me souriait pleinement.  Voici d’autres photos:

Au loin, le son d’un camion m’a rappelé qu’une route passait à moins de deux kilomètres. La technologie moderne m’avait rattrapée.  Quand j’ai entendu des pas dans les feuilles et les cris d’enfants, j’ai compris que la civilisation m’avait rattrapée. 

J’ai souri. Car, même si j’ai essayé de l’oublier quelque temps, j’ai besoin de cette civilisation. 

Je me suis levée de mon banc et j’ai poursuivi ma marche vers ce coin de sentier où Denis me retrouverait, pendant que les mots dansaient dans ma tête, en prélude à cette publication. 

Une autre belle journée en forêt.


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