Son sommet trône à une altitude de 1284 mètres d’altitude et c’est le plus haut mont du parc de la Gaspésie, le deuxième plus haut du Québec. C’est le mont Jacques Cartier, mon deuxième défi de la semaine.
Ce sera aussi ma dernière grimpée importante de la semaine. J’avais le coeur en chamade. J’étais contente de pouvoir monter à nouveau cette montagne que j’ai toujours trouvé magnifique. Mais j’étais remplie d’appréhension parce que je savais que ce sera difficile.
Dès notre réveil, la journée s’est présentée avec un air magnifique. Le ciel était bleu et quelques nuages blancs s’étiraient lentement le long de l’horizon. Tout notre barda de montagne sur notre dos, nos bâtons en main, nos chapeaux sur la tête, nous avons marché lentement les 300 mètres qui séparent le gîte du Mont Albert du centre de découverte.
À 9 h, tous les matins d’été, l’autobus scolaire transporte les marcheurs vers la montagne. Il y a 42 kilomètres de chemin de gravelle pour nous rendre dans le secteur de la Galène. Ça ne paraît pas très loin. Il est tout de même préférable de payer les 17 $ demandé pour prendre l’autobus. La route est poussiéreuse et rocailleuse. Les crevaisons sont fréquentes et… il n’y a pas de réseau pour appeler une dépanneuse.
Le trajet prend 45 minutes et nous sentions les marcheurs heureux de ce début de journée. Nous en avons profité pour jaser avec les jeunes qui étaient assis juste devant nous. Par leur accent nous les savions Français. Au fil de nos conversations, nous avons compris qu’ils étaient en résidence à Montréal pour une année. Aujourd’hui, ils allaient grimper la montagne avec un enfant de 7 mois, un magnifique garçonnet aux cheveux blonds et aux yeux bleus éclatants. Nous ne connaissions pas leurs noms, mais cela n’avait pas d’importance. Nous faisions tous partie de la grande famille des randonneurs et cela nous suffisait.

Une fois à la Galène, comme la montagne est un territoire protégé pour la survie des caribous, nous devons attendre jusqu’à 10h pour partir. L’autobus nous dépose finalement au pied du sentier de 4,2 kilomètres qui monte au sommet du mont Jacques Cartier.
J’avais des fourmis dans les jambes et, si j’avais pu, je serais partie à la course, juste pour passer plus de temps sur ce sommet dénudé qui nous donne une vue magnifique sur 360 degrés sur les sommets du parc. Mais je devais prendre mon temps. La piste est raide. En montée, nous devions griper 465 mètres de dénivellation sur 4,2 kilomètres. C’est comme grimper une pente de 11% pendant plus de quatre kilomètres. Ouf! Même une auto en bonne condition y brûle beaucoup d’essence!
Puis, quelques centaines de mètres dans la piste, je me suis rappelée pourquoi on l’appelait « le sentier aux cailloux ». Quelque part, dans ma satisfaction d’avoir grimpé la montagne quelques fois et d’avoir savourer le plaisir d’être au sommet, j’avais oublié ce détail pourtant très important. La piste est remplie de cailloux de granites qui glissent sous les pieds et nous gardent en déséquilibre constant. Puis il y a les grosses roches qu’il faut contourner ou enjamber, ainsi que les rochers à fleurs de sol que des géants malhabiles ont sculpté en marches difficiles à monter, tant elles sont hautes, inégales et sans aucun sens de l’équerre.

Puis nous sommes arrivés à un petit plateau situé à moins de 1,8 kilomètres du sommet. Nous avions accompli plus de la moitié du sentier et nous pouvions prendre un moment de repos avant de poursuivre. C’était aussi le moment d’enfiler des pantalons longs et un coupe vent chaud. Ceux qui avaient des tuques et des gants étaient les plus chanceux. Car, sur la montagne, il fait froid aujourd’hui. Le thermomètre marque 8°C mais le facteur vent baisse la sensation de froid à – 3° C. Brr!
Habillés chaudement, nous avons gravi un escalier qui y a été installé par des humains en raison de la pente trop raide. En effet, la montée était très difficile à gravir et, par le travail constant des pieds, les roches déboulaient la pente parfois même en mettant en danger les randonneurs qui suivaient. Cet escalier nous mène encore plus haut. Quelque part, nous avions l’impression de marcher sur le toit du monde. Il nous restait encore 1,5 kilomètres à parcourir sur un terrain en apparence plus facile, si ce n’était des cailloux qui glissaient sous nos pieds et le vent fort qui nous ballottait sans merci de tout côté.

Courageusement, nous avons continué notre route en prenant le temps d’observer autour de nous, toutes ces belles montagnes. Il faisait beau malgré le froid et le vent. nous nous sentions bien.
Puis nous sommes arrivés au sommet. Nous ressentions enfin la satisfaction d’avoir réussi. Nous avions faim et c’est un peu à l’abri du vent, derrière un tas de roches, que nous avons pris un petit moment de repos. La vue est belle et nous n’avons pas assez d’yeux pour tout voir autour.



Puis tous nos efforts ont été récompensés quand une femelle caribou et son petit ont traversé le sentier des caribous. Ils étaient trop loin pour qu’on puisse les prendre en photo mais le simple fait de les savoir là, à survivre, a jeté un baume sur nos âmes. La vie continue, même sur ces terres inhospitalières.
Puis c’était déjà le moment de laisser Denis poursuivre sa route vers la longue randonnée des McGerrigles. J’ai écrit l’an dernier sur cette longue randonnée.
Je me dis que l’an prochain je le ferai avec lui. Pour cette année, je dois réemprunter le sentier des cailloux pour descendre en bas de la montagne. Sachant que j’avais le temps, j’en ai profité pour prendre d’autres photos.



J’étais satisfaite de ma journée en montagne, avec des gens intéressants, là où l’air sent l’épinette, le sapin, l’eau. Là aussi où on voit sa route traverser par des perdrix. Les oiseaux chantent à tue-tête près de nos oreilles.
Ouais! Une vraie belle journée.
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Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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