26 février 2012
Nous étions en route vers Baños. Le programme de la journée prévoyait un repas du midi dans un gîte indigène au village Salasaca dans la province du Tungurahua. La visite prévoyait une démonstration de l’artisan Alonso Pilla, dont la famille est propriétaire du gîte Hostal Runa Hasi. Nous avons eu un bonus car on nous a offert aussi une marche d’une heure dans le village où nous avons appris sur l’origine des Salasacas et leur mode de vie.

Tous comme les indigènes de la communidad de Chilcapamba, les Salasacas sont aussi des indigènes Quechua qui vivent de la production agricole familiale, de l’élevage du bétail ainsi que, bien sûr, de l’artisanat.
source : Shany
Ils sont particulièrement reconnu par leur artisanat dont les dessins représentent les Incas. Ils utilisent une méthode ancestrale et nous avons eu droit à un démonstration.
Leur site web présente plusieurs videos, entre autre une présentation Youtube de la confection de leurs ceintures traditionnelles (la deuxième vidéo). Comme ces vidéos sont très longues, je n’ai mis que le site web. Ainsi, vous pourrez les regarder selon votre volonté.
Village des Salasacas (photos et vidéos)

Alonso a appris son métier de son père. Il a mis 10 à 11 ans pour l’apprendre. Aujourd’hui, il est fier de nous dire que son fils vient de terminer ses études et qu’il a décidé de suivre les traces de son père.
Alonso est tout de même inquiet. Son fils aura comme premier métier, celui de guide, car il devra vivre et l’artisanat ne lui suffira pas. Alors Alonso a peur de ne pas avoir assez de temps pour enseigner à son fils tout ce qu’il sait avant de mourir. Ainsi, cette connaissance s’éteindrait avec lui.
Leur histoire …
Selon notre guide, les Salasacas vivaient dans ce que nous connaissons aujourd’hui comme la Bolivie. Leur peuple aurait été déplacé sur le haut plateau des Andes lors de l’invasion des Incas. Ceux-ci étaient des conquérants et, lorsqu’ils envahissaient un territoire, la déportation vers le nord des peuples habitant le territoire, les aidait à en garder le contrôle.
Ainsi les Salasacas se sont installés dans cette grande vallée bordée de volcans dont le plus haut et le plus actif est le Tungurahua.
Mais l’oppression de ce peuple ne s’est pas arrêté là. Tout comme les autres peuples indigènes d’Équateur, ils ont été opprimés par les Espagnols. Dans les années 60, le gouvernement Équatorien a forcé les Espagnols à donner des terres aux indigènes. Les Salasacas ont reçu cette terre aride juchée dans une vallée profonde juchée à plus de 2000 mètres d’altitude et en flanc de montagne. Il vive constamment avec le danger que le volcan Tungurahua fasse irruption pour cracher de la cendre et fassa trembler la terre. Comme ce fut le cas en mai 2010.
Contrairement à Chilcapamba, ils ont déjà de l’eau potable et un réservoir d’eau. Ils en sont d’ailleurs très fiers.

L’eau pour les animaux et les plantes provient de la rivière qui coule 150 mètres plus bas. Lors de notre marche d’une heure dans le village, j’ai été impressionnée de voir une petite dame qui remontait de la rivière, par un sentier tout petit, avec plus de vêtements mouillés que j’aurais pu transporter. C’était une abuela (grand-maman) qui revenait de faire le lavage pour la famille. Sa maison était à 50 mètres au-dessus de nos têtes.
Elle doit faire le trajet entre sa maison et le bord de la rivière, au moins trois kilomètres, plusieurs fois par jour pour laver les vêtements, cueillir des légumes, chercher de l’eau, s’occuper du bétail de la famille.
Quand notre guide nous a fait gravir une petite pente raide qui montait en altitude d’à peine 25 mètres, j’ai commencé à souffler bruyamment. Je n’ai pas pu faire autrement que de me rappeler à la grand-maman qui grimper 200 mètres, chargée comme un mulet, sans souffler.
Voici d’autres photos prises lors de notre visite qui montre toute la profondeur de cette vallée, et la rigueur du terrain.





J’ai beaucoup apprécié cette visite. Par contre, je suis restée perplexe et triste face à leur situation. Les Salasacas sont fiers de leur peuple, de leur tradition et de leur culture. Malheureusement, ils ont de la difficulté à faire connaître leur art et à faire du commerce. Bien sûr, il y a Baños à côté, mais leurcommunauté est peu visitée. Puis, le marché d’Artisanat d’Otavalo est trop loin. Ainsi, sauf pour les groupes de touristes qui y sont amenés par des guides comme Thierry, ils ont beaucoup de difficulté à vendre leurs produits. Cela décourage les jeunes qui préfèrent trouver du travail en ville pour vivre.
J’espère qu’Alonso et sa famille continueront encore longtemps leur oeuvre pour promouvoir ce peuple. Si leur culture disparaissait, l’humanité perdrait un savoir important et nous en perdrions un peu plus notre identité collective.
Je m’abonne au blogue Les défis de Suzie
Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
Laisser un commentaire