23 février 2012
6 h. Le cadran sonne. Personne ne parle. Nous peinons à ramasser nos choses en vue du départ. Bien sûr, nous avons travaillé dur les derniers jours et nous sommes fatigués. Par contre, je pense que notre manque d’énergie vient plutôt de notre envie de rester à Chilcapamba. Alors nous trainons les pieds sur la terre battue, peinant à transporter nos valises vers l’autobus de Carlos. Pourtant, il ne reste que la moitié des sacs de voyage que nous avions en arrivant. Ceux transportant les dons restent au village.
Je regarde les jeunes apporter leurs bagages de leurs différentes maisons. Ils ont la mine basse. Ce matin, contrairement à leur habitude, ils ne sourient pas. Puis, quand un enfant se pointe, c’est avec des larmes plein le visage qu’on lui dit adieu. Adieu parce que peu d’entre-nous reviendront ici. C’est la fin d’une expérience merveilleuse qui continuera d’influencer nos vies encore très longtemps. La visite a été si intense que nous voyons à peine l’impact qu’elle aura sur notre façon d’aborder la vie, dans le futur.
Bien sûr, nous ne sommes qu’à la huitième journée d’un voyage de 15 jours, incluant l’aller et le retour. Notre voyage se poursuivra encore pour nous présenter d’autres apprentissages que nous absorberons avec autant d’enthousiasme.
Mais aujourd’hui, c’est la fin de la partie « humanitaire » avec la communidad de Chilcapamba. Nous avons tous les larmes aux yeux. Même Denis déclarera « qu’il y a beaucoup de poussière dans l’air » pour expliquer ses yeux mouillés.
6 h 30. C’est le déjeuner. Nous n’avons pas très faim. Nous savons que la journée sera longue et cela nous influence à manger le pain, la confiture et nos bananes. Entre les larmes, nous avalons notre jus, notre chocolat, notre lait ou notre café.
7 h. C’est l’heure des derniers discours. Comment sommes-nous arrivés à ne pas éclater en sanglots bruyants devant les paroles tendres de nos hôtes? C’est ainsi que Juanita, Francesca, Antonio, Ernesto et Alfonso nous ont chaleureusement remerciés de ce que nous avons fait pour eux. Puis Denis, très affecté « par la poussière dans l’air’, à l’instar du message de Lyne la veille, a affirmé que nous avions apprécié nous sentir chez nous à Chilcapamba, et que nous repartions avec les Quechuas dans la tête et le coeur.
Puis ce fut les accolades que nous avons réussi à faire malgré les visages graves et mouillés, tant ceux des Équatoriens que des Québécois. Il y avait autant de larmes sur nos visages que toute l’eau que la laguna Cuicocha, que nous verrons bientôt, peut contenir.

7 h 30. Nous sommes tous dans l’autobus; le décompte a été fait. Nous ne laissons personne derrière. Thierry a expliqué le déroulement de la journée. Nous l’avons écouté sans parler, notre coeur encore accroché à 2600 mètres d’altitude, quelques parts entre les volcans Imbabura et Cotacachi, dans un village extraordinaire appelé Chicapamba.

Puis, le silence s’est installé et nous n’entendions que le moteur de l’autobus de Carlos. Nous roulions vers notre prochaine destination pendant que nos pensées étaient encore à Chilcapamba.
Je m’abonne au blogue Les défis de Suzie
Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
Laisser un commentaire