Depuis aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours refusé de participer à des chaîne de lettre. Au début, je croyais que c’était le postier qui voulait nous faire acheter plus de timbres. C’était l’époque des lettres écrites à la main avec de vraies enveloppes et de vrais timbres.
Un jour, alors que j’affirmais haut et fort que je refusais toujours de participer à ce genre de folie générale, on m’a dit que j’étais probablement trop pauvre pour acheter des timbres. Vraiment! Un autre jour, j’ai redonné une lettre comme ça, à quelqu’un qui me l’avait envoyée. Elle m’a demandé: « T’as pas assez d’amis pour poursuivre la chaîne? » Vraiment!
Une fois, en retournant l’une de ces lettres, une personne m’a dit : « Tu me prives de mon bonheur ». J’ai été estomaquée de voir mon amie croire qu’une chaîne de lettres pourrait lui procurer le bonheur. Ça m’a rendue tellement triste pour elle.
Je crois fermement que, chacun d’entre-nous, nous sommes tous responsables de notre propre bonheur. À nous de le construire, de le garder allumé et de le vivre intensément. Si je peux contribuer au bonheur des autres, tant mieux. Mais je ne me sentirai jamais responsable si un autre ne fait pas d’effort pour être heureux. Se réfugier derrière une chaîne de lettre pour « recevoir » du bonheur montre un manque total de détermination et de volonté de changer les choses. Ça ne va pas avec mes valeurs.
J’en ai eu assez. Les autres lettres similaires ont tous pris le bord de la poubelle sans que je dise un mot.
Ok les jeunes, vous ne vous en rappelez pas des lettres écrites à la main. Ce n’est pas grave. Puisque qu’à l’ère des courriels, cela à continuer. C’était plus facile à copier le texte et le nombre a augmenté. Aucun timbre requis ni aucune marche au bureau de poste. Je recevais la même demande de plusieurs personnes presque en même temps. Heureusement, j’ai aussi une poubelle sur mon logiciel de courriel.
A ma façon, c’était ma résistance passive à un système auquel je ne crois pas.
Ce système vient d’envahir Facebook, à un point tel que j’ai songé sérieusement à boycotter ce site. Mais, si je fais cela, je perd le contact avec de nombreux amis qui sont physiquement loin de moi et que j’aime beaucoup.
Cette semaine, plusieurs textes ont été publiés directement sur mon mur avec comme dernière phrase : « Qui aura le courage de mettre ce bout de texte sur sa page Facebook? ». Parfois, c’est écrit « Qui aura la fierté … ». Ce matin, j’ai lu : « Qui aura la franchise de … «
Le courage, la fierté, la franchise, ce sont des valeurs intrinsèques à l’individu. Vous les avez ou vous les avez pas. Copier un texte sur votre page Facebook ne vous les donnera pas, même pas en apparence. Cela ne démontre que votre habileté à faire du « copier » et « coller » et à répéter naïvement des gestes posés par d’autres sans poser les questions importantes comme : Pourquoi est-ce que je fais cela?, Qu’est-ce que cela va me donner? ou Est-ce que je vais être meilleure après?
Nos valeurs personnelles se démontrent tous les jours dans les interactions avec les GENS. De vrais personnes. Certains textes, laisse sous-entendre que si vous ne participez pas à ces chaînes de lettres sophistiquées, votre absence de participation va faire augmenter le taux de cancer, le taux de suicide, le taux de malbouffe, de taux de décrocheurs. Je trouve ça d’un ridicule. Qui croit vraiment que de participer à ces chaînes de lettre vont faire diminuer ces taux ? En fait, les gens ne lisent pas ces messages, mais le partagent plus vite que leur prochaine respiration.
J’ai une idée !
Alors voilà ce que je demande au gens. Quand vous recevrez une autre niaiserie pour publier sur Facebook, au lieu de partager, faites un don de deux dollars à un organisme à laquelle vous croyez. Ce sera un meilleur emploi de votre temps et, au moins, cela donnera des résultats positifs quelque part.
En prime, je n’aurai pas besoin de lire ce genre de texte que je trouve de plus en plus insultant. En fait, tu peux écrire ce que tu veux sur ton mur. J’ai toujours le droit de ne pas le lire. Mais « SUR MON MUR« , je ne le prends pas.
Je dois ajouter que deux « amis Facebook » ont refusé ma demande de cesser ces publications sur mon mur. Saviez-vous qu’on peut cesser d’être amis sur Facebook ? Facile, mais mieux encore, il y a un bouton qui indique « bloquer cette personne ». Ouais. Deux fois plutôt qu’une.
Cet article, plus vindicatif que d’habitude, est en soit un écart à mon style de résistance passive à ces chaînes de lettres, ou de textes, que je trouve foncièrement inutiles.
Est-ce que j’ai perdu mon temps? Peut-être. Mais, se vider l’âme une fois de temps en temps fait du bien!
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Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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