Ce matin à l’entraînement, j’ai oublié de mettre mon iPpod et mes écouteurs. J’entendais donc ce qui se passait dans la salle. Ça m’a rappelé les conversations de corridor quand je travaillais. Des phrases décousues qui, rattachées, nous font sourire.
Puis j’entends tout près de moi une personne qui parle à une entraîneuse dans la section des poids et altères. Elle se plaint qu’une petite madame ne remets pas les sièges à « leur place » quand elle a fini ses répétitions. Je souris et je me dis intérieurement : « Fais donc comme tout le monde ». Il y a une femme de six pieds deux pouces (1,88 mètres) qui passe avant moi et elle baisse tout les sièges au plus bas ou au plus loin, selon l’appareil. Mes 5 pieds 2 pouces (1,57 mètres) exigent que je replace chaque siège et les poids avant mes répétitions.
Curieuse, je regarde qui parle. Ah ben ! La plaignarde est la femme de 6 pieds et 2 pouces. Elle me pointe! Je réalise que « la petite madame » dont elle parle, c’est moi ! Je réalise que je me retrouve entre les deux séries de répétitions de cette personne ! Hé ben ! La moutarde me monte au nez et j’attends avec une curiosité non camouflée la réponse de l’entraîneuse. Elle lui dit : » venez on va lui parler. Je suis certaine qu’on peut arranger cela ». Arranger quoi donc? Bon elles s’amènent. Je continue mes répétitions et j’en ajoute deux , puis deux de plus, car la grande est impatiente et soupire. Ouch ! les répétitions me font mal, mais j’en rajoute deux de plus encore.
Bon, tranquillement je me lève et j’ai pas le choix que de leur faire face, car elles me bloquent le chemin. J’ai le coeur qui bat la chamade et j’ai probablement la visage rouge. Ça n’a rien à voir avec les répétitions supplémentaires ! J’écoute patiemment, ce qui me surprend un peu, vu mon caractère soupe au lait. Je place mon plus beau sourire sur mon visage et je lui dit d’un ton ferme : « Je te suggère une entente. Je vais replacer les sièges pour toi, si tu les replaces pour moi quand t’as fini. »
Oh ! La grande dame montre sa furie. Madame s’entraîne pour le marathon de Montréal, elle ! Elle veut pas perdre de temps avec des niaiseries. DES NIAISERIES !!! Je sens que mes yeux deviennent violents. Je l’informe que, moi, je m’entraîne pour garder ma capacité de marcher. C’est aussi noble, je pense.
La grande est encore plus fâchée mais je n’ai pas de temps à perdre alors je m’en vais à mon prochain appareil. Je prend mon temps plus que d’habitude. Je remonte le siège, change les poids et commence mes répétitions. Je sens qu’on m’observe. Il y a la grande femme, bien sûr. L’entraîneuse aussi. Et les 6 ou 7 autres personnes qui s’entraînent en même temps.
Je bouille intérieurement. Je prends tout mon temps, je respire lentement et profondément pour contrôler ma colère. Je fait toutes les répétitions requises dans mon programme en prenant bien mon temps.
Je me lève pour changer d’appareil. La grande s’approche en parlant fort : « Remets le siège où je l’avais mis ! Pis le poids aussi ! je vais te dompter! » Comme elle s’approche un peu trop de moi, un geste intimidant auquel je m’attendais, j’avance rapidement vers elle d’un demi pas, en poussant la tête légèrement vers l’avant. Ça marche tout coup ! Elle s’arrête puis recule. Je la toise avant de lui dire sur un ton plus bas: « Tu veux me dompter? Toi et qui d’autres? » Je lui fait le sourire le plus machiavélique que je peux.
Il y a l’entraîneuse qui me regarde bouche bée. Elle a l’air de se demander où est soudainement passée la dame aux cheveux blancs qui sourit toujours de ses yeux bleus et qui est toujours prête à aider. Ben, elle n’est pas là, ce matin!
Puis je change d’appareil et, tranquillement, je remets le siège à ma position et les poids à mes besoins et je commence mes répétitions. J’entends la grande dire à l’entraîneuse : » Je pense que je vais aller m’entraîner ailleurs ». Je ne peux pas m’empêcher de répondre bien fort « Ça c’est une bonne idée! »
J’entends quelques rires derrière moi. La grande, furieuse, quitte la salle. Elle repasse quelques minutes plus tard avec tout son bardas et quitte le centre.
J’ai eu de la difficulté à terminer mes répétitions parce que plusieurs personnes sont venues me parler de l’incident. Apparemment, cette grande que je voyais pour la première fois, agit souvent de façon agressive envers les autres femmes. Elles ont un peu peur d’elle et d’habitude, elles acceptent de faire ce qu’elle demande. Jusqu’à ce matin où elle a trouvé plus fort qu’elle.
J’ai fait figure d’héroïne ce matin et plusieurs suivront mon exemple. Elles ne se laisseront plus bousculer par cette personne qui pense que le monde tourne autour d’elle.
Est-ce que je peux compter les calories dépensées à l’entraînement en double aujourd’hui? Parce que cela prends de l’énergie pour subir ce genre de comportement!
Mais je suis contente! j’ai réussi à contrôler la situation sans perdre mon calme. Enfin, en apparence du moins.
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Suzie Pelletier, écrivaine
Éditions du Défi
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